Sous les étoiles de Sophie Whettnall

© Karen Vandenberghe

Sous les voûtes de la Centrale, Sophie Whettnall propose un parcours intime et poétique à travers des œuvres créées pour le lieu. On la retrouve dans son atelier bruxellois où elle décrypte quelques facettes de son travail multidisciplinaire de réinterprétation de la nature.

Sophie Whettnall, révélée en 1999 lorsqu’elle remporte le prix Jeune Peinture Belge, est une artiste paysagiste, même si ça ne se voit pas nécessairement au premier coup d’œil. Pour nous aider, elle a intitulé son exposition en dialogue avec l’artiste visuelle et poétesse américano-libanaise Etel Adnan La banquise, la forêt et les étoiles. « Le paysage me fascine et je l’ai toujours dans la tête. C’est pour ça que j’ai besoin de le répéter, de le répéter et de le re-répéter sous toutes ses formes. C’est sûr qu’on ne peut pas entrer en compétition avec le sublime de la nature et pourtant, je n’arrête pas de l’importer dans mon travail. » Son atelier est situé dans une arrière-maison de la chaussée de Charleroi. Elle l’a surnommé son « tree house », parce que pour y accéder, il faut presque traverser l’arbre qui se dresse dans la cour. Par les belles journées de printemps, le soleil qui entre par les larges fenêtres joue à cache-cache avec les feuilles, semant ici et là leurs ombres indécises. Contre les murs de brique sont appuyées des planches de bois clair percées d’une multitude de trous. Des trous qui transpercent d’autres matériaux comme des feuilles de papier. Les perforations sont récurrentes dans son travail. « Je ne peux pas dire pourquoi je fais ça. Il y a une dizaine d’années, j’avais du bois, une foreuse à ma disposition. J’ai suivi mon instinct pour aller chercher la lumière et la structurer. La lumière est la base de mon travail. Quand j’observe quelque chose, je vois des formes abstraites, de la lumière et de l’ombre. Je vois une composition en clair-obscur. »

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© Karen Vandenberghe

Son exposition est un parcours en trois espaces où le visiteur est invité à déambuler. La forêt est plantée de panneaux de bois perforé dressés face à la lumière tranchante de projecteurs de cinéma. Une forêt réduite à une succession de panneaux de multiplex percés. Tout ce qui nous reste de la nature ? « Mon travail est artistique. Je n’ai pas envie de tenir un discours écologiste, ni politique, parce que ça ne m’intéresse pas. Cela n’empêche pas que dans mes œuvres, je mets mon ressenti par rapport à la réalité qui m’entoure. Et aujourd’hui, il y a la violence de cette putain de réalité. » La banquise, elle, est inspirée de La mer de glace de Caspar David Friedrich. Pour créer ce paysage, elle a assemblé des déchets de mousse industrielle, cisaillés abruptement. « Quand j’ai commencé, les formes en mousse étaient plus brutes et plus violentes. Je les ai recouvertes d’un enduit rose qui amène de la douceur et apporte du flou. Ça apaise l’œil. J’ai besoin de ça. »

Des petits trous
Dans son atelier, elle a trouvé un refuge et un lieu où elle accumule toutes sortes de matériaux, humbles et banals, qu’elle transforme et poétise. Au mur, on peut voir des morceaux de bâche de plastique bleue percés d’œilletons semblables à des broderies métalliques. Des cartons de pâtisserie dorés percés de petits trous qui évoquent des artefacts d’un temps ancien.
Pendant toute une période de sa vie, elle avait la bougeotte, voyageait beaucoup, s’exprimant dans des vidéos, souvent spontanées, où elle sort un moment et un lieu du réel pour les amener ailleurs. Depuis qu’elle est revenue à Bruxelles et qu’elle a eu des enfants, elle bouge moins. Elle travaille davantage dans son atelier, une pratique solitaire, souvent répétitive. Quand la chorégraphe Olga de Soto lui a demandé de collaborer à son spectacle Mirage, ce fut une heureuse surprise. « Elle est venue me chercher pour travailler des décors en matière plastique. C’était nouveau pour moi qui suis habituée à travailler seule. Devant la chorégraphe, Sophie prend conscience que certains de ses gestes s’apparentent à une danse. « Quand je fais mes trous pendant toute une journée, c’est éreintant et il y a comme une décharge mentale. Je suis tellement présente dans ce que je fais que tout peut s’écrouler autour de moi. »

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© Karen Vandenberghe

Sur un de ses murs, il y a aussi un dessin, une ligne, qu’elle complète au jour le jour. Ce wall drawing, comme elle l’appelle, on en verra aussi à la Centrale, elle y rejoint la pratique du dessin à celle de la performance. « C’est aussi une manière pour moi de passer du temps dans le lieu, d’observer les gens et rentrer en contact avec eux. Je suis curieuse de voir comment mes pièces fonctionnent quand elles ne sont plus à l’atelier. Qu’est-ce qu’elles veulent dire pour un spectateur ? Je sais ce que mon travail veut dire pour moi, mais je ne sais pas comment il est reçu. »
Dans la vitrine qui donne sur la rue Sainte-Catherine, on peut voir la vidéo Shadow Boxing où une femme affronte du regard un boxeur qui feinte devant elle. « Au moment où je l’ai faite, j’étais perturbée par cette pièce et j’ai mis des années à digérer ses différents niveaux de lecture. » Répétitive et méditative, sa pratique l’aide à se concentrer pour vaincre une inquiétude diffuse qui ronronne en elle comme un moteur et la pousse à créer. Un jour qu’elle était en Grèce sur une terrasse face à la mer, elle sent ses cheveux tournoyer autour d’elle, emportés par le vent. « C’était la métaphore parfaite des idées qui tournent dans la tête. J’ai demandé à un ami de me filmer. » Les paysages peuvent être intérieurs.

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