François Damiens et son ket à la caméra cachée

La Famille Bélier, Ôtez-moi d’un doute, Suzanne. Comédie populaire, comédie romantique, tragédie : l’acteur François Damiens compte de nombreuses cordes à son arc. Pour son premier film en tant que réalisateur, l’unique en son genre Mon Ket, il revient à ses premières amours : la caméra cachée.

Plus facile de prédire le résultat des élections communales que de deviner quel nouveau projet François Damiens sortira de son chapeau. Tout d’abord, l’acteur alterne entre films populaires et films d’auteur avec un naturel et une facilité à faire pâlir de jalousie ses collègues. Ensuite, il se permet des aventures comme Mon Ket. Pas de la caméra cachée pour la télé, mais pour un film tout entier. Déguisé en Dany Versavel - Bruxellois, évadé de prison, coureur d’aventures - il mène en bateau des banquiers, des infirmières et des dames de la place Flagey. Le but ? Vous faire rire parfois, vous étonner et vous toucher surtout.

Qui est Dany Versavel ?
FRANCOIS DAMIENS : Je voulais un personnage haut en couleur: quelqu’un qui se permet tout, qui ignore la loi et qui dit ce qu’il veut. Un personnage capable de déclencher l’émotion et des réactions chez les gens. Il ne se passerait pas grand-chose si je jouais un personnage lisse et timide. Dany Versavel est un fils unique qui a grandi à côté du stade de foot d’Anderlecht. Ses parents ont 60 ans quand il en a 15 et s’occupent plus de leur magasin Hifi qui ne marche plus, que de leur gosse. À 15 ans, Dany rencontre son grand amour: une femme de 30 ans. Il n’a pas les moyens de l’impressionner et commence à magouiller. De magouille en magouille, il rentre dans le circuit. Il s’est élevé tout seul dans la rue.
J’ai de la tendresse pour lui. Le type est en cavale mais c’est pour retrouver son fils. La relation avec son fils montre ses fractures et sa fragilité. Il lui donne les deux meilleures valeurs: son temps et son amour. Je suis touché par les gens qui élèvent mal leur enfant du mieux possible.

‘Je m’ennuie vite’ avez-vous confié dans une précédente interview suite à la sortie d’Ôtez-moi d’un doute. Puis-je vous demander combien de temps vous mettiez pour vous transformer en Dany Versavel ?
DAMIENS : Recoller les oreilles, faire une petite facette, rajouter des sourcils, des lentilles, des fausses dents, des fausses lèvres, un autre ventre, etc.: le maquillage me prenait quatre heures par jour. Un maquillage de télé ou de cinéma n’était pas possible. La première personne à convaincre était la personne devant moi, pas le spectateur. Les gens ne pouvaient pas voir que j’étais déguisé. Ça a plutôt bien marché. Même les chirurgiens esthétiques piégés n’ont pas vu que j’étais déguisé.
En général, j’aime me faire maquiller. C’est agréable de se faire caresser par un pinceau. Mais ici c’était non seulement ennuyeux mais aussi éprouvant. J’avais des solvants dans la bouche et j’étais plein de produits qui attaquent la peau.

Impressionnant. Vous ne manquez pas de travail ou d’argent. Pourquoi vous infliger cela ?
DAMIENS : Je le faisais pour les bonnes raisons. J’adore jouer avec de vraies gens. Il n’y a pas meilleur acteur que celui qui ne sait pas qu’il est filmé et qui ne joue donc pas. Ici, je mélange la fiction et la réalité tout en racontant une histoire. Le danger était de faire un assemblage de caméras cachées, ce qui n’est pas intéressant. Il y en a plus qu’assez sur internet. Moi je raconte une vraie histoire. Je veux que le spectateur soit ému et touché, qu’en sortant de la salle, il se livre à une petite introspection .

Sur YouTube et à la télévision, les caméras cachées sont une valeur sûre. Dans le secteur du cinéma, beaucoup moins. Aviez-vous un exemple en tête ? Quels étaient les risques d’échec ?
DAMIENS : Je n’ai jamais vu un film dans la même veine que Mon Ket. Je ne vois pas de points de comparaison. On se lançait dans un truc atypique. On allait vers l’inconnu mais avec le plus de certitudes possibles. Je ne savais pas où cela allait nous mener mais je ne croyais pas qu’on pouvait se planter complètement. On a mis toutes les chances de notre côté. On avait du temps et les moyens.
Je me suis entouré d’une équipe de professionnels pour qu’on n’ait pas de problèmes au niveau technique. Je me disais: « si le maquillage passe et que l’on ne me reconnaît pas, ça marchera ». J’avais confiance dans les gens que j’allais croiser en Belgique: des gens folkloriques, des gueules. Ce sont eux les stars du film.

Les Belges marquent des points ?
DAMIENS : Oui. Les Belges ont une bonhomie, une gentillesse, une humanité et une générosité qui les caractérisent. Demandez l’heure à quelqu’un en France et il n’a pas le temps de vous la donner. Il faut aussi avoir un peu de second degré. Un Français piégé par une caméra cachée ne vous donne pas l’autorisation d’utiliser les images. Un Belge réagit en demandant quand ça passe à la télé.
La Belgique se prête très bien à l’exercice de la caméra cachée. Pour le dépanneur, j’avais demandé à Touring Secours de m’envoyer des dépanneurs flamands qui parlent bien français. Idem pour les banquiers. L’avantage: ils ne me reconnaissent pas.

Vous avez vous-même réalisé Mon Ket. L’envie de filmer remonte-t-elle à longtemps ou est-ce seulement que personne ne se sent aussi à l’aise que vous dans le registre de la caméra cachée ?
DAMIENS : Pendant l’écriture, je n’ai pas pensé à réaliser le film. Quand la question de la réalisation s’est posée, je me suis dit que ça serait bien d’avoir un regard extérieur. Mais il n’existe personne pour me conseiller sur un métier que je fais depuis vingt ans. Je devais le faire moi-même.

La Cinematek accompagne la sortie de Mon Ket de huit films issus de votre filmographie très diversifiée. Êtes-vous, vous-même, étonné du parcours que vous avez accompli ?
DAMIENS : C’est énorme. Je n’ai sincèrement jamais imaginé que je ferais de la télévision et je n’ai jamais imaginé faire un jour du cinéma. Je vais d’étonnement en étonnement. Peut-être que ça s’arrêtera un jour et je sais qu’on ne me préviendra pas par téléphone. Je suis conscient que ce que je vis pour l’instant est génial. C’est un peu comme lancer un œuf: je fais attention de la façon dont je le lance, je n’ai pas envie qu’il tombe par terre.

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