Les appétits extraterrestres de Big Thief

© Michael Buisha

Hantée par le chant fragile d’Adrianne Lenker, la musique de Big Thief se raccroche à la nature et à la possibilité d’une vie sur d’autres planètes. Écrin de mélopées folk-rock viscérales et éthérées, le nouvel album du groupe américain est, assurément, l’un des sommets de l’année. 

Parfois, les emplois du temps sont inconciliables. Et, quand les agendas ne s’accordent pas, la rencontre semble impossible. C’est pourtant mal connaître Adrianne Lenker. Sur la route depuis plus de 1 000 jours avec Big Thief, la chanteuse ne compte plus ses heures de sommeil. Pour papoter avec BRUZZ, elle accepte donc de se lever aux aurores. Alors que les touristes dorment encore, la voix de Big Thief passe à l’action, retraçant sa vie, son enfance dans le Minnessota, entre un café et un croissant. Sans oublier l’essentiel : U.F.O.F.. Enregistré dans une cabane perdue sur les hauteurs de Topanga Canyon, ce troisième album réveille les féeries folkloriques de Karen Dalton et les beaux arpèges de R.E.M.. Au confluent d’envies boisées et d’échardes électriques, la musique de Big Thief imagine un passage secret entre le rock sophistiqué de Radiohead et les ritournelles bucoliques autrefois chantées par Vashti Bunyan. Un coup de génie.

Sur la ligne du temps, où se situent les débuts de Big Thief ?
Adrianne Lenker: Le groupe a vu le jour en 2015, à Brooklyn. C’est là que tout a commencé. Dès mes premiers jours à New York, j’ai retrouvé un copain que j’avais rencontré pendant mes études à Boston. Il s’appelait Buck Meek et jouait de la guitare. Au début, Big Thief était donc un duo.

Votre style musical était-il déjà bien défini ?
Lenker: À l’époque, je n’envisageais pas les compos sous un angle musical spécifique. Je me contentais d’écrire et de répéter en compagnie de Buck. Notre association définissait notre style. Les chansons s’inscrivaient plutôt dans une veine folk. Nos premiers concerts se sont déroulés dans des appartements. On jouait dans des salons, au milieu des gens ou debout dans des bars. On acceptait tous les plans.

Comment s’opère la transition vers ce folk-rock hanté et atmosphérique qui caractérise aujourd’hui la musique de Big Thief ?
Lenker: Jusqu’en 2015, je jouais exclusivement de la guitare acoustique. Puis, avec l’argent empoché en tant que serveuse dans une boulangerie, des bars ou un coffee-shop, je me suis procuré un ampli et une gratte électrique. Ces achats ont changé mon rapport à la création. L’arrivée de l’électricité a donné plus d’ampleur aux chansons. C’est aussi à cette période que Big Thief est devenu un quatuor avec l’arrivée d’un batteur et du bassiste Max Oleartchik. En 2016, nous sommes partis enregistrer notre premier album, Masterpiece, avec l’ingé-son James Krivchenia. Pendant les sessions, ce dernier n’arrêtait pas de nous répéter qu’il serait prêt à tout claquer pour jouer dans un groupe comme Big Thief. Quelques jours plus tard, il abandonnait son job et sa famille pour devenir notre batteur attitré.
 

Depuis trois ans, Big Thief joue sans interruption. Avec le mode de vie imposé par cette tournée marathon, vous vous présentez comme une sans domicile fixe. C’est votre ressenti ?
Lenker: C’est surtout la vérité. Quand les activités du groupe me laissent quelques jours de répit, j’en profite pour rendre visite à ma sœur dans le Massachusetts et à ma famille restée dans le Minnesota. En dehors de ces points de chute, je n’ai pas de chez-moi. Je n’ai ni maison ni appartement. Il m’arrive de louer des pied-à-terre pendant quelques jours à New York ou Los Angeles. Le reste du temps, je suis sur la route avec Big Thief.

Vous êtes en mode « non-stop ». Comment gérez-vous sur les plans physique et mental ?
Lenker: À force d’être loin de chez moi, j’ai intériorisé la notion de maison. À mon sens, c’est plus un feeling qu’un tas de briques. Désormais, mon principal point d’ancrage dans le monde, c’est la nature. C’est un élément auquel je peux me raccrocher. En tournée, il m’arrive ainsi d’observer les arbres ou de toucher les plantes. Toute cette végétation me donne l’occasion de couper avec une réalité faite de trajets en voiture, en train ou en avion, d’arrêts dans les gares et les aéroports. Cette relation étroite avec la nature me permet de ne pas perdre pied. À son contact, j’ai l’impression de savoir d’où je viens et où je vais. En ce moment, je suis en train de développer le même genre de comportement avec mon alimentation. Quand je cuisine ma nourriture, j’ai l’impression d’établir un rituel, quelque chose de stable. Où que je sois en concert.

Le nouvel album de Big Thief s’intitule U.F.O.F.. Ce sigle résulte de la contraction des mots « UFO » et « friend ». Qui est cet ami ovni ?
Lenker: Pour moi, c’est tout ce qui relève du mystère. Tout ce qui ne peut être clairement expliqué chez moi ou chez les autres. L’ami ovni peut être n’importe qui. C’est la part d’inconnu qui se cache en chacun de nous. La nature humaine est imprévisible. Il y a toujours une portion d’énigme dans nos actions et nos décisions. Même nos amis les plus proches ont parfois des comportements inexplicables… Ceux que nous pensons connaître peuvent, à tout instant, agir en dépit du bon sens. C’est assez effrayant. Partant de là, on sera toujours l’alien de quelqu’un d’autre...

Croyez-vous en la possibilité d’une vie extraterrestre ?
Lenker: Je suis convaincue que les extraterrestres existent. Ils sont présents dans une galaxie lointaine. Ou peut-être même sur Terre. Sous une forme qui échappe à la conscience humaine. Je ne peux pas croire que nous soyons les seuls à vivre dans l’immensité de l’univers. Il y a tellement de galaxies inexplorées, de planètes inconnues...

Vous êtes persuadée de cela depuis longtemps ?
Lenker: Quand j’avais sept ans, mon père a abordé le sujet. J’étais fascinée par ce qu’il racontait... Le soir, je guettais l’arrivée des extraterrestres par la fenêtre de ma chambre. Depuis, je vis avec cette obsession. En tournée, par exemple, il m’arrive de me renseigner sur les activités extraterrestres enregistrées dans les villes que nous visitons avec Big Thief.

L’album U.F.O.F. explore également le thème de la mort. C’est un sujet qui vous préoccupe ?
Lenker: J’y pense sans arrêt. Déjà parce que nous sommes tous concernés par ce point final. Souvent, je m’interroge sur l’après. Que se passe-t-il une fois que le cœur s’arrête ? Et puis, au-delà de l’âme et de l’enveloppe corporelle, la mort nous entoure au quotidien : des relations amicales ou amoureuses trépassent, des animaux disparaissent... La nature, dans son ensemble, est concernée. Quand les feuilles tombent des arbres à l’automne, par exemple, ça me confronte directement à la mort. Je suis hyper consciente de tout ce qui m’entoure. Sans doute un peu trop.

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