portret

Jota Mombaça : ‘Être marginal permet de voir le monde tel qu’il est vraiment’

Jota Mombaça dit qu’iel a toujours été bruyant·e et expressif·ve.

Dresser le portrait de l'artiste brésilien.ne Jota Mombaça est impossible, car iel est beaucoup de choses à la fois et toujours en constante évolution. Pour en prendre la mesure, rendez-vous au Beursschouwburg pour le premier chapitre de Opera Infinita.

"Un mutant", c'est ainsi que Jota Mombaça se définit, toujours désireux·se d'intégrer de nouvelles idées, d'adopter de nouvelles formes et de laisser un rôle important au collectif dans son travail. "L'individu est une construction toxique, et pas intéressante", a déclaré un jour Mombaça lors d'un entretien avec le magazine ArtDependence.

Ce qui est sûr, c'est que Mombaça vient de la ville de Natal, à l'extrême nord-est du Brésil, au bord de l'océan Atlantique. Ce n'est pas exactement un épicentre artistique, et en tant que personne de couleur non binaire issue d'un milieu socialement défavorisé, Mombaça est quelqu'un de marginal. Mais iel a aussi sa propre vision de la chose : "Être marginal permet de voir le monde tel qu'il est vraiment parce qu'on le voit comme un problème, et quand on considère quelque chose comme un problème, cela soulève des questions."

Mombaça dit qu'iel a toujours été bruyant·e et expressif·ve. Et parce qu'iel manquait d'espaces à Natal pour se réunir, discuter et parler, le besoin s'est fait sentir de prendre possession de l'espace public et d'utiliser la performance comme forme de résistance.

Sur ses gardes
Même s'iel connaît désormais un certain succès et que le corps noir est progressivement mieux accueilli dans les biennales, les festivals et les institutions artistiques internationales, iel reste vigilant·e. Parce que les systèmes d'oppression et de représentation lacunaire sont toujours en place, et parce que le succès de Mombaça dans le monde des arts n'est pas conciliable avec le fait qu'en dehors de ce monde, les personnes de couleur queer continuent de mourir au Brésil et ailleurs.

La lutte contre le fondamentalisme de genre et la lutte pour la décolonisation restent donc des thèmes centraux dans son travail. En tant qu'artiste politique au franc-parler, Mombaça utilise principalement la poésie, les textes collectifs, les sources et citations historiques de la théorie critique. Mais toujours en combinaison avec la performance, le son et l'art visuel pour mettre ces textes en action. Dans le passé, Mombaça a travaillé avec des vidéos, des GIFs, des fusains et des installations sonores. Opera Infinita, dont le premier chapitre, après son prélude à Nottingham, est aujourd'hui présenté à Bruxelles, a été initié par Mombaça en collaboration avec Denise Ferreira da Silva, professeure et directrice du Social Justice Institute à l'Université de la Colombie-Britannique. Ferreira da Silva est également l'autrice de Toward a Global Idea of Race, et a travaillé avec de nombreux autres artistes et biennales d'art.

Opera Infinita, chapitre A : The Red Earth a débuté par un atelier réunissant un groupe d'artistes, de penseurs, d'artistes sonores et de militants basés à Bruxelles qui, lors de sessions collectives, ont mobilisé leur imagination radicale pour pénétrer dans les domaines de la philosophie, de l'abstraction, de la science-fiction et de la magie par le biais de "conversations cacophoniques" afin d'esquisser la fin du monde néocolonial tel que nous le connaissons et d'imaginer un avenir baignant dans le rouge du sang, du minerai de fer, de la planète Mars et de l'infrarouge.

Meer nieuws uit Brussel
Vooraan op BRUZZ

Bruxelles dans votre boîte mail?