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'Benedetta' : que celui qui n’a jamais péché n’achète pas de ticket pour ce film

Benedetta raconte de manière grossière et satirique l’histoire d’amour avérée entre deux nonnes, interprétées par Virginie Efira (à l’avant-plan) et Daphné Patakia (à l’arrière-plan).
Onze score

Paul Verhoeven s'est déchaîné dans Benedetta, ça ne fait aucun doute. Son film sur une nonne du XVIIe siècle préférant l'extase sexuelle à l'extase religieuse est une hérésie déjantée et comique. Pas de quoi se prosterner, donc.

Que celui qui n'a jamais péché n'achète pas de ticket pour Benedetta. Dans ce voluptueux film de nonnes, Paul Verhoeven prend résolument, et avec grand plaisir, le parti des pécheurs ou, du moins, de ceux et celles qui essaient de se faire plaisir ici-bas.

Le réalisateur de films néerlandais (Turkish Délices), américains (RoboCop, Basic Instinct) ou français (Elle) a lâché ses dadas, son imagination, sa curiosité et son besoin de provoquer sur ce personnage historique et a puisé son inspiration dans un livre de l'historienne américaine Judith C. Brown intitulé Actes impudiques : la vie d'une nonne lesbienne dans l'Italie de la Renaissance. Au XVIIe siècle, après avoir eu des visions sur Jésus, la nonne et mystique Benedetta Carlini est devenue abbesse au Couvent des Théatins à Pescia, en Italie.

Et Dieu créa le kitsch
Après un procès consigné dans un procès-verbal, elle a passé les dernières 35 années de sa vie au couvent comme une paria. Une enquête du nonce papal concernant la véracité de ses conversations avec Jésus a mis à nu sa relation sexuelle avec la religieuse Bartolomea.

Voilà l'histoire dont se sert Verhoeven pour créer un spectacle historique satirico-subversif et grotesque. Le film ne nous dit pas si Benedetta était une mythomane maline et manipulatrice ou une mystique qui aspirait honnêtement à devenir l'épouse de Jésus. Mais une chose est sûre, ses extases religieuses un peu kitsch sont beaucoup moins crédibles que ses extases sexuelles, qu'elle découvre et atteint à l'aide de la jeune nonne sauvage Bartolomea (interprétée par la Gréco-Bruxelloise Daphné Patakia).

Benedetta est une femme qui fonce dans un monde dominé par les hommes, les dogmes religieux, l'hypocrisie de l'Église et la peste. Verhoeven, iconoclaste jusqu'au bout, en fait un spectacle qu'il fait consciemment déraper à quelques reprises. Après tout, il est aussi le réalisateur de Showgirls. Il évite, comme la peste, le côté sacral. Le premier miracle est un oiseau qui chie dans l'œil d'une brute, le prélude d'une douche scabreuse de sécrétions corporelles et de saletés terrestres.

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Le fringant octogénaire se perd parfois un peu dans l'envergure d'un film historique qui a besoin de chevaux, de figurants, de costumes, de bûchers et de cloîtres pour faire oublier qu'il s'agit d'un film. Et remarquons aussi que le blasphème et la provocation manquent parfois un peu d'effet. Même si l'utilisation impropre de la statuette de la Vierge Marie restera probablement dans les annales.

Rester entière dans une telle hérésie grand-guignol n'est possible que pour les grandes actrices courageuses au sommet de leur forme. Virginie Efira l'a fait.

BENEDETTA
FR, dir.: Paul Verhoeven, act.: Virginie Efira, Daphné Patakia, Charlotte Rampling

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