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Film de la semaine : 'Les Passagers de la nuit'

Un film qui chuchote, tout en douceur, comme la voix de l’actrice principale Charlotte Gainsbourg.
Onze score

Beaucoup de films sont criards, mais certains chuchotent. Les Passagers de la nuit de Mikhaël Hers, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle d'une mère ­célibataire dans le Paris des années 1980, fait clairement partie de la deuxième catégorie. Et c'en est d'ailleurs un exemple de qualité.

"Parfois on met du temps à aimer un film", constate la jeune femme sans-abri en plein milieu du film, et c'est vrai. Parfois, on met du temps à aimer un film (ou un livre ou un opéra). Même si la constatation est faite dans un film qui a un effet adoucissant et conciliant immédiat et pas après coup.

Les Passagers de la Nuit nous emmène au début des années quatre-vingt, sans dénigrer la décennie mal-aimée, et nous immerge dans Paris sans être tape-à-l'œil. Abandonnée par son époux, Élisabeth n'a d'autre choix que de se réinventer. Elle part à la recherche d'un emploi et d'un appartement dans ses moyens. Mais en plus du côté pratique de la vie quotidienne, elle doit se créer une nouvelle vie, y compris une nouvelle vie amoureuse. Ce qui complique les choses, c'est qu'elle doit encore s'occuper de ses deux ados, mais plus pour longtemps. Un fils qui écrit des poèmes, sèche les cours et tombe amoureux. Une fille qui est prête à quitter le nid. C'est la vie, ça elle le sait, mais cela ne change rien au fait que cette situation la ronge. Et le spectateur aussi.

Oiseaux rares de nuit
C'est peut-être parce que ses enfants lui échappent, ou parce qu'elle est une rêveuse empathique et sensible, qu'elle décide de prendre sous son aile une jeune femme sans-abri (la talentueuse Noée Abita), avide de liberté et de cinéma. Avec son rôle doux et subtil, la protagoniste Charlotte Gainsbourg contribue largement à la réussite de ce film qui chuchote. Son observation concernant le réalisateur et scénariste Mikhaël Hers, qui ne montre pas les événements dramatiques à l'image afin de pouvoir se concentrer sur ce qui se passe avant et après, est juste.

Peu de drame donc, et de nombreuses scènes quotidiennes à l'apparence anodine mais d'une finesse et d'une sensibilité attachante. Mises bout à bout, elles forment une mosaïque de la ville et de la nuit, des années quatre-vingt dans toute leur douceur, et de gens doux qui parviennent à lutter contre leur propre solitude et celle des autres.

1800 passager de la nuit2
Les années 1980, dans une tour du quartier du Front de Seine dans le 15e arrondissement de Paris.

Sans mise en scène élégante et sans montage soigné et émotif, le délicat Les Passagers n'atteindrait pas son but. Mais Hers sait y faire. Il évite que ce film des années quatre-vingt ressemble à un film d'époque, entre autres en ne se focalisant pas sur les différences avec maintenant mais plutôt sur des thèmes universels comme les moments charnières d'une vie.

Le réalisateur d'Amanda et de Ce Sentiment de l'Été est là depuis des années, mais n'avait jusqu'à présent pas réussi à convaincre totalement le public fan de cinéma d'auteur. Étrange, car même si on n'aime pas tous les nocturnes, les promenades en ville et la mélancolie mielleuse, beaucoup de gens apprécient cela tout de même. Et la subtile suggestion de ne pas rester paralysé devant le renouveau est plutôt pas mal non plus.

LES PASSAGERS DE LA NUIT
FR, dir. : Mikhaël Hers, act. : Charlotte Gainsbourg, Noée Abita, Emmanuelle Béart
Sortie au cinéma le 25/5

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