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Film de la Semaine : 'Peter von Kant'

Onze score

Avec Peter von Kant, François Ozon a osé un remake avec changement de genre d'un film culte de Rainer Werner Fassbinder. Et il s'en sort plutôt bien.

François Ozon a fait ce que peu de gens ont réussi : sortir un bon voire un excellent film chaque année pendant deux décennies. Même à ce rythme élevé, le réalisateur français, qui a signé Grâce à Dieu, Frantz ou L'amant double, est encore loin de son modèle, Rainer Werner Fassbinder. Le réalisateur allemand flamboyant avait à peine 37 ans lorsqu'il fut retrouvé mort pour avoir travaillé comme dix et avoir fait la fête, bu, sniffé et baisé comme cinq. Sa courte carrière a donné quarante films poignants, puissants et briseurs de tabou, treize pièces de théâtre, une flopée d'essais et deux séries télé.

Cet été, le Cinéma Palace en projettera huit, dont L'amour est plus froid que la mort (Liebe ist kälter als der Tod), Le Mariage de Maria Braun (Die Ehe der Maria Braun) et Les Larmes amères de Petra von Kant (Die bitteren Tränen der Petra von Kant), un film vieux de cinquante ans. Dans ce magnifique mélodrame, Petra von Kant, une créatrice de mode dominante à succès qui habite avec son assistante, tombe éperdument amoureuse de la jeune Karin. Elle l'accueille chez elle et la transforme en modèle, mais la passion enivrante n'est pas mutuelle. En résulte une tragédie grotesque.

Ozon ne s'en sort pas trop mal avec son adaptation. Il a osé transformer Petra en Peter, et la créatrice de mode en réalisateur excentrique. Fassbinder entretenait des relations tant avec ses actrices qu'avec ses acteurs. Le rusé Ozon a compris que l'Allemand confiait ses propres tourments amoureux à Petra von Kant.

Le Peter von Kant d'Ozon est à la fois un remake et un portrait du génialissime et tourmenté Fassbinder. C'est pour cette raison qu'il a donné le rôle principal à Denis Ménochet, le colosse d'Inglourious Basterds et de Grâce à Dieu, qui, de par son physique imposant, fait un peu penser à Fassbinder avant sa mort. Ménochet profite à fond de cette opportunité de jouer un personnage haut en couleur et fortement mû par les émotions. Le jeune homme angélique qui mène von Kant vers le désespoir amoureux, quant à lui, est joué par Khalil Gharbia. Et la diva française du cinéma Isabelle Adjani se fait plaisir dans le rôle de la diva qui réunit le couple. La mère de von Kant est incarnée par la septuagénaire Hanna Schygulla, la muse de Fassbinder.

1807 Peter-von-Kant
Peter et ses tourments, incarnés par le bel Amir (Khalil Gharbia) et le servile Karl (Stefan Crepon).

Cette fois encore, Ozon n'a pas peur du théâtral ni de créer une certaine distance avec le spectateur. Pour le travail à la caméra et le jeu des couleurs, le réalisateur a fait appel au talentueux Manu Dacosse, le Bruxellois qui opère sa magie dans la plupart des films de Fabrice Du Welz. Ils font attention à ne pas verser dans le kitsch.

À l'inverse des Larmes amères, Peter von Kant ne fera (probablement) pas l'objet d'un remake dans cinquante ans. Le film n'est pas assez passionnant et innovant pour cela. Mais il est suffisamment bien fait pour cet été et l'effet secondaire agréable est qu'il donne envie de (re)voir l'œuvre de Fassbinder.

PETER VON KANT
FR, dir. : François Ozon, act. : Denis Ménochet, Isabelle Adjani, Khalil Gharbia

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