interview

La Nuit du Réveil: Oxmo Puccino présente son nouvel album

© Fifou
| Oxmo Puccino était l'un des premier rappeurs à étaler une passion pour le chanson français. 'Aujourd'hui, je constate que tous les rappeurs chantent.'

Figure majeure du rap hexagonal, Oxmo Puccino a croisé la route de Booba et d'Orelsan, mais aussi celle de Damon Albarn ou d'Hamza. Expérimenté, habile avec le verbe, agile derrière un micro, celui que l'on surnomme le Black Jacques Brel pose aujourd'hui son flow sur La Nuit du Réveil, un nouvel album lucide et mémorable : un rêve éveillé.

Qui est Oxmo Puccino?

  • Né en 1974 au Mali, Abdoulaye Diarra s'installe avec sa famille à Paris quelques mois plus tard.
  • 1995 : intègre le collectif Time Bomb. Entouré par les X-Men et Lunatic, il redéfinit les codes du rap en français.
  • 1998 : son premier album Opéra Puccino est un succès. Cinq ans plus tard, il signe Le Cactus de Sibérie, un disque culte.
  • En 2010, son album L'Arme de Paix est couronné d'une Victoire de la Musique.
  • En 2019, il chante en compagnie de Christine and The Queens sur Paradise, le premier album du rappeur bruxellois Hamza.
  • En septembre dernier Oxmo Puccino dévoilait son nouvel album La Nuit du Réveil.

Installé dans une loge improvisée dans les sous-sols de Flagey, Oxmo Puccino retrace sa carrière dans les grandes lignes. De l'activisme underground des débuts à ses dernières passions littéraires, l'artiste s'est façonné un style à part entière. Au taquet depuis plus de vingt ans, le rappeur franco-malien n'a jamais cessé d'avancer, marchant sur les traces de héros nommés Quincy Jones, The Notorious B.I.G. ou Jacques Brel.

Le verbe affûté, les métaphores aiguisées comme jamais, Oxmo Puccino profite aujourd'hui de La Nuit du Réveil pour dévoiler l'étendue de ses talents. Observateur pacifique d'un monde en crise, l'artiste partage ses bons mots en compagnie de Gaël Faye (Parce Que La Vie), Orelsan (Ma Life) ou du duo Caballero & JeanJass (Social Club).

Le premier titre de l'album s'intitule Le droit de chanter. Votre passion pour la chanson française a parfois fait jaser dans le milieu du rap. Ce morceau fait-il référence à cette critique ?
Oxmo Puccino : Pas vraiment. Avec le temps, les gens ont cessé de m'embêter avec ça. Mais, aux alentours de 2009, quand j'ai commencé à chanter, certains considéraient que je trahissais l'esprit du rap. Mais je ne prêtais pas grande attention à ces accusations. J'avais d'autres aspirations, je cherchais à développer d'autres formes d'expression. À partir de l'album L'Arme de Paix, je me suis appuyé sur l'héritage de la chanson française pour emmener mon écriture vers de nouveaux horizons. Cela dit, aujourd'hui, je constate que tous les rappeurs chantent.

Avez-vous encore l'impression d'être un artiste de la scène hip-hop ?
Puccino : Plus que jamais. À partir du moment où les gens m'interpellent pour parler de rap, c'est déjà bon signe. Aujourd'hui, j'enregistre des chansons qui me donnent du plaisir. Je conserve celles qui me font vibrer, je me débarrasse des autres. J'ai pris l'habitude de me faufiler entre les genres sans me soucier du qu'en-dira-t-on.

Dans les nouveaux morceaux, vous pointez du doigt les imposteurs et autres ambassadeurs d'un rap dénué de fond. Selon vous, certains artistes manquent-ils d'authenticité ?
Puccino : Quand j'expose certaines caractéristiques propres au rap dans mes morceaux, cela attire forcément l'attention sur tous ceux chez qui cela fait défaut. De nos jours, une partie du public recherche un plaisir instantané en consommant la musique de façon boulimique. Ce mode de consommation ne permet pas de distinguer ce qui est sincère et ce qui ne l'est pas. Dans le hip-hop, certains artistes accordent trop d'importance à l'emballage. Cet art du paraître est propre à toutes les époques. Mais à l'heure des réseaux sociaux et de la toute-puissance de l'image, cela prend des proportions inédites.

Plusieurs médias vous surnomment le Black Jacques Brel. Quelle est l'origine de ce blase ?
Puccino : En 2000, le producteur Thierry Legros a publié L'Hip-Hopée – La Grande Épopée du Hip-Hop Français, une compilation composée de reprises. L'idée était de confier à des rappeuses et des rappeurs de grands standards de la chanson française. C'est comme ça que j'ai revisité Ces gens-là de Jacques Brel. En reprenant ce morceau, j'ai découvert un nouveau mode d'interprétation. Jacques Brel avait le don de mettre ses textes en situation. Il incarnait ses personnages et se donnait toujours à 100 % sur scène. Indirectement, son influence m'a rapproché de Bruxelles.

Sur La Nuit du Réveil, on croise d'ailleurs le duo bruxellois Caballero & JeanJass. Qu'est-ce qui vous attire chez eux ?
Puccino : Je scrute régulièrement l'actualité et, inévitablement, certains projets attirent mon attention. Avant d'enregistrer le disque, j'étais tombé sur des vidéos de Caballero & JeanJass. J'aimais beaucoup leur humour, leur attitude et cette façon atypique de communiquer avec le public. J'ai tout de suite éprouvé de la sympathie pour eux. Ils me rappelaient l'aplomb de groupes comme Triptik ou Svinkels. Aujourd'hui, dans le hip-hop, Caballero & JeanJass n'ont pas d'équivalent. Ils sont uniques. Partant de là, je tenais absolument à travailler avec eux sur l'album.

En compagnie des Bruxellois, vous chantez les vertus du cannabis. Vous êtes un consommateur ?
Puccino : Plutôt un passionné. D'ailleurs, dans le morceau Social Club, nous citons différentes variétés. Toutes ont leurs bienfaits. Dans le débat sur la légalisation, je suis évidemment favorable. Ne serait-ce que d'un point de vue médical. Avec tous les effets secondaires provoqués par les médicaments, je trouve ça intéressant de proposer une alternative. Le cannabis pousse de façon naturelle, dans la terre, comme une salade. Si demain, les politiciens nous interdisent de cultiver des salades ou d'avoir des orties au fond du jardin, sera-t-on d'accord ? Ces dernières années, j'ai eu de graves problèmes de dos. La douleur était insoutenable. J'ai consommé des médicaments pour un résultat proche du néant… C'est en découvrant les vertus thérapeutiques du cannabis que je me suis détaché des pilules et autres comprimés chimiques. Je tiens ici à souligner que j'ai fumé mon premier joint à l'âge de 23 ans. J'étais responsable et en pleine possession de mes moyens quand j'ai pris cette décision. Personne ne m'a influencé ou "poussé sur le chemin de la perversion".

Sur l'album, vous partagez le morceau Ma Life avec Orelsan. À ses débuts, vous avez été l'un des premiers à le soutenir. Pousser les nouveaux talents, c'est votre marque de fabrique ?
Puccino : Je distingue assez vite un potentiel chez les autres. C'est un de mes atouts. Je suis capable d'admirer une personne comme si elle était déjà adulée de tous. Quand j'ai vu Orelsan sur scène pour la première fois, il débarquait de Caen avec son haut de survêt' et sa casquette. Pourtant, j'avais l'impression d'avoir Woody Allen en face de moi. C'était l'antihéros parfait. À l'époque, j'avais déjà envie de lui demander un autographe.

Par le passé, vous avez notamment travaillé avec les X-Men, Lunatic (Booba et Ali), mais aussi avec Salvatore Adamo, JoeyStarr, Damon Albarn, Benjamin Biolay, Tony Allen, Christine and The Queens ou Hamza. Que cherchez-vous à travers ces collaborations ?
Puccino : À chaque fois, c'est la célébration d'une rencontre. Quand ma route croise celle d'une personne extraordinaire, j'aime garder une trace de notre complicité. Mais ce que je préfère, c'est encore de partager le moment sur scène. C'est là que l'échange prend tout son sens. Je retire toujours des enseignements d'une collaboration. Dans ma carrière, chaque rencontre marque une progression. Si je suis toujours là aujourd'hui, c'est aussi grâce aux autres.

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