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Hippolyte Bohouo : ''La belle danse' ne m'intéresse pas'

Dans Zouglou, le chorégraphe et danseur ivoirien Hippolyte Bohouo questionne, en musique et en chanson, la nécessité et la légitimité de la révolte pour atteindre une justice sociale et une société égalitaire.

Le zouglou est un genre musical apparu au début des années 1990 en Côte d'Ivoire. Par ces chansons et cette musique, la jeunesse étudiante évacuait sa frustration et son désir de révolte sur un ton satyrique. Aujourd'hui, il est largement diffusé dans la société et reste une musique de contestation et de revendication sociale.

Le zouglou est le cœur battant de la dernière création de Hippolyte Bohouo. En 2010, le chorégraphe et danseur ivoirien s'est installé en Belgique pour échapper aux violences et à l'instabilité qui minaient son pays. Depuis, couvait ce besoin de transcrire sur scène ces envies de révolte partagées au sein des associations étudiantes ivoiriennes et qu'il avait retrouvées sous une autre forme en Europe. "Ici comme là-bas, je sens une vraie nécessité de révolte, qui ne doit pas nécessairement s'accompagner de violence."

La rencontre avec le zouglou tenait de l'évidence. "Je danse pour dire, je ne danse pas pour faire. “La belle danse” ne m'intéresse pas." Ce qui le mobilise et le nourrit, c'est ce qu'il appelle les états de corps. "Les sauts et les pirouettes ne disent rien de ce qu'on a envie de dire. Pour moi, le geste quotidien est importantissime."

Pour la création de Zouglou, il s'est intéressé à la gestuelle des manifestations, du côté des manifestants comme des forces de l'ordre. "Le zouglouman parodie le rapport dominant – dominé en tendant les mains vers l'autorité à qui il demande de l'aide. Dans le spectacle, les bras tendus se transforment en poings."

Sur scène, Hippolyte Bohouo est accompagné du chanteur et danseur Matrix Ebonga. Il est le zouglouman qui chante pour remonter le moral, pour dénoncer les abus et pour galvaniser la contestation. Il offre en quelque sorte le contrepoint sarcastique à la gravité du danseur. "Chez moi, on dit que c'est une souris joyeuse qui vient souffler sur le doigt de pied pour faire oublier la douleur."

La scénographie tout en barres métalliques de Johanna Daenen s'inspire des forêts de bambous où se réfugient les maquisards pour créer des espaces distincts. À l'avant, il y a aussi cet espace surélevé qui est tant le bureau du boss à qui on va présenter ses doléances, que l'estrade où l'on harangue les foules ou encore le lieu où l'on vient se recueillir, qui correspondent aussi à trois états de corps différents.

Dans Zouglou, Hippolyte Bohouo a aussi tenu à intégrer le public, grâce à un flux de post-it que chaque spectateur est invité à remplir en entrant dans la salle en y inscrivant ses motifs de lutte ou non. À la fin du spectacle, des centaines de post-it sont éparpillés sur la scène, exprimant concrètement et simplement la diversité des luttes. "Chacun peut venir constater ce que les autres ont écrit et en quoi ça leur parle. De même, ce qui se passe sur le plateau fera remonter des émotions très différentes chez chaque spectateur. Parfois très directes, parfois de manière plus diffuse."

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