Jorge Leon donne voix à Mitra

© Ivan Put
| Jorge Leon

Photographe et vidéaste avec un penchant pour le cinéma documentaire, le Bruxellois Jorge León se distingue par le regard sensible et intensément humain qu’il porte sur la fragilité de l’être. Sa création hybride Mitra s’intéresse à la solidarité, la résistance et la résilience dont nous sommes capables.

Jorge León est de retour. Après son documentaire bouleversant Before we go, où des hommes et femmes en fin de vie échangeaient avec des artistes professionnels dans le décor de l’Opéra de la Monnaie, le cinéaste bruxellois fait dialoguer l’art avec un autre groupe d’êtres humains en situation de fragilité : les patients psychiatriques. Rien pourtant ne destinait l’artiste à se pencher sur l’internement. C’est par hasard, en surfant sur un site d’information psychanalytique, que Jorge León tombe sur la correspondance poignante entre deux spécialistes, Jacques-Alain Miller, à Paris, et Mitra Kadivar à Téhéran, internée à tort, prisonnière de l’engrenage psychiatrique.

C’est alors que le réalisateur entrevoit le début de sa nouvelle création. « J’ai tout de suite perçu la dimension tragique du récit. On a, d’une part, un être humain qui lance un appel à l’autre bout de la planète et, de l’autre, un être humain qui, non seulement, répond à cet appel mais décide de mettre tout en œuvre pour venir en aide à cette personne. Cette histoire revêt une dimension éthique. Nous sommes sollicités au quotidien par des appels à l’aide, c’est flagrant dans la rue. Qu’est-ce qu’on en fait ? Choisit-on ou non d’y répondre ?».

Soucieux de donner une présence physique à ce qui n’était « que » des échanges virtuels, Jorge León filme Mitra Kadivar, entre-temps libérée, ainsi que les autres protagonistes de cette aventure profondément humaine et solidaire. Pour donner voix aux personnages, l’artiste pense d’emblée à l’opéra.

Cette parole à la fois belle, intense et douloureuse, Jorge León choisit ensuite de l’étendre aux résidents d’un centre psychiatrique, cette fois non loin de chez nous, à Aix-en-Provence. « L’histoire de Mitra a résonné chez les patients évidemment. Nos interventions ont généré une parole qui a même surpris les psychiatres. Je suis persuadé que l’art a sa place dans ces endroits-là ». En résulte Mitra, une création collective (la composition est signée Eva Reiter et George Van Dam, la dramaturgie, Isabelle Dumont) à la croisée des chemins entre opéra, cinéma et performance. Une version documentaire éponyme est attendue à l'automne prochain.

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