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Alex Deforce : « J’ai quand même murmuré 'connards' »

© Ivan Put
| Alex Deforce.

Pendant trois semaines, un.e artiste bruxellois.e partage sa vision du monde. ALEX DEFORCE est un peintre, dessinateur, animateur radio et poète qui s’exprime autant sur scène, que sur papier, messagerie vocale, Bandcamp, vinyles 7 pouces et balades sonores. @alexdeforce + alexdeforce.bandcamp.com

2001:
Dans la capitale, on n'est jamais seul, il y a toujours quelqu'un qui rôde.

Ce sont les mots d'un ami qui semblait voir les choses de façon positive. Fraîchement débarqué dans la capitale, j'avais commencé mon exploration dans le Parc Royal, avec un magazine sur un banc et une boisson. Formule classique, concept simple. Jusqu'à ce qu'une silhouette sombre apparaisse dans mon champ de vision, à quelques bancs de là. Rien ne se passait quand je regardais. Mais quand je continuais à lire ou que je détournais les yeux, le petit homme se rapprochait, la danse du banc était lancée. Ce n'est pas du tout mon truc. J'ai donc décidé de m'éloigner, avec un arrêt aux toilettes de la Gare Centrale. Une dizaine de mètres derrière moi, le petit homme me suivait. Toujours fidèle à sa proie, car un peu plus tard, j'étais debout devant l'urinoir, le regard dans le vide, jusqu'à ce que soudain, je sente un regard sur moi et bien sûr : il était là, debout à côté de moi, à regarder ce que je faisais, par-dessus mon épaule. Jamais auparavant je n'avais senti l'agressivité monter en moi. Mon majeur s'est levé et je n'ai réussi qu'à marmonner un "connard".

2016:
Personne ne criait. Personne ne faisait rien de concret. Jusqu'à ce que tout le monde se mette à courir. En sortant de la Gare Centrale, certains trébuchent sur leur propre enthousiasme. C'était la course, chacun pour soi, il semblait y avoir un enjeu. Le dos collé à la façade de la gare, je suis resté là à regarder.
Des hordes de jeunes et de vieux étaient occupés à autre chose que moi, donc j'ai décidé de continuer à marcher tranquillement ; le parc devrait être calme, à l'exception de quelques joggeurs en plein étirement. Quelques instants plus tard, je me retrouve pétrifié. Sous mes pieds, la pelouse saccagée et me voici encerclé par des smartphones et les premières batteries externes que je voyais de ma vie. C'était censé être un jeu social, ou participatif. Je n'avais pas envie de faire un doigt d'honneur, mais j'ai quand même murmuré "connards".

2020-21:
Le parc est et restera
Un lieu pour passer le temps
Un endroit pour toi et moi
Quelque part dans l'urbain


Music for hikers est le premier disque que sortira bientôt Kiosk Records, le label de la radio du même nom, surnommée aussi "le sauna", du moins par les DJs. À la demande du Beursschouwburg, PAL a réalisé une promenade audio à travers le parc de Bruxelles et des bribes de son passé et de son présent. Comme leur premier jet, Afzondering ("Isolement"), l'ensemble de l'album rappelle le confinement. Quand on n'avait pas le droit de s'asseoir, ou qu'on avait le droit de s'asseoir, et qu'on devait s'asseoir, ou qu'on devait obligatoirement être en mouvement,... Soit, cette période-là. Quand on ne se rassemblait pas pour des Pokémons, mais pour les autres. Et la radio nous était encore plus ou moins autorisée. Mon majeur s'est figé sur les chopes qu'on cachait à la police, et j'ai marmonné quelque chose.

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