Quartier libre : Saint-Boniface

Michel Verlinden
© Agenda Magazine
27/07/2015
(© Stephane De Groef)

À première vue, le quartier Saint-Boniface semble superficiel : des restaurants, des cafés, des terrasses et des boutiques. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, on découvre un périmètre urbain plein de bonnes surprises.
(Parc du Viaduc © Saskia Vanderstichele)

Pour apprécier le quartier Saint-Boniface dans toute sa splendeur, il faut en avoir une vision élargie. Pas question de se limiter au triangle découpé par les rues Solvay, de la Paix et Francart. Non, Saint-Boniface, c’est un esprit, libre et indépendant, que l’on doit aller traquer jusqu’à la rue du Viaduc, à 5 minutes à pied du cœur de cet enchevêtrement d’artères. Là, au numéro 133, se trouve le parc du Viaduc. Inattendu, cet espace vert est une perle dans la ville qui en dit long sur les habitants de ce côté d’Ixelles. En vrac, on y trouve des pistes de pétanque pas trop symétriques, des hôtels à insectes, des pelouses un rien sauvages, des composts communautaires et une passerelle offrant une vue unique, digne d’un tableau de Paul Delvaux, sur le chemin de fer tout proche. Sans oublier Jupiter, un gardien de parc un peu rastaman, et Yéti, une cantine moderne où l’on peut prendre un verre en terrasse.
(l'Institut royal des Sciences naturelles © Saskia Vanderstichele)

Si l’on descend cette rue paisible, on tombe sur l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique dont l’entrée est gardée par deux magnifiques squelettes de dinosaures signés par l’artiste urbain Bonom. Ceux-ci renvoient à la collection du Museum qui recèle les impressionnants iguanodons de Bernissart. Dans la foulée, il ne faut pas non plus passer à côté de la nouvelle Galerie de l’Homme, espace faisant place à une série de fossiles et de reconstitutions 3D qui emmènent sur les sentiers ramifiés de 7 millions d’années d’évolution. Cette parenthèse instructive refermée, on peut remonter la chaussée de Wavre vers Titulus, un caviste qui restaure et abreuve avec beaucoup d’exigence. Le must ? Les ceviches, poissons crus marinés du chef Laurent Balancy, les sandwichs du midi préparés avec les produits d’exception du comptoir ainsi que le très rare carpaccio de pastrami signé par le boucher-star de Saint-Idesbald, Hendrik Dierendonck. Ne ratez pas le petit bac à cd consacré aux perles du label jazzy belge Igloo Records, ni les excellentes bouteilles de vin, à l’instar du Tavel d’Eric Pfifferling.
(Titulus © Saskia Vanderstichele)

Plus avant sur la chaussée, on tombe sur un joli salon de thé, celui de la Maison Renardy. L’endroit vaut la peine que l’on s’y arrête, ne serait-ce que pour s’offrir un thé ou un café. Ce temple du bon goût existe depuis 1912. On aime les petites pralines faites maison qui accompagnent les boissons chaudes et qui sont un véritable ravissement. C’est que le maître des lieux se plaît à proposer des préparations faites de ses blanches mains : pain, pâtisseries, viennoiseries, confitures de fruits, mélanges de thé, soupe du jour… À hauteur de la Maison Renardy, il faut emprunter la rue Arnoul jusqu’à son extrémité. Deux adresses de grande qualité s’y logent. L’une pour les nourritures spirituelles, La Borgne Agasse, et l’autre pour les nourritures terrestres, Unico.
(Unico, Maison Renardy, La Borgne Agasse © Saskia Vanderstichele)

La Borgne Agasse – « la pie borgne » en wallon – est une librairie de seconde main comme il n’en existe presque plus. On en pousse la porte et l’on est frappé par l’odeur de papier d’Arménie. On se croirait chez un bouquiniste parisien. À l’intérieur, sous une énorme marionnette accrochée au plafond, le propriétaire, Jean-Pierre Canon, se découvre comme un puits de science de 75 ans qui connaît le moindre livre caché dans son antre. L’homme vit au-dessus de sa boutique et ne cache pas qu’il y « terminera ses jours ». C’est une beau une vie dédiée aux lettres ! Unico, quant à lui, est une cave à manger que l’on doit à Sinem, une autodidacte qui cuisine quelque part entre l’Italie et la Turquie. Pour apprécier l’expérience au mieux, il faut choisir la formule « Je me laisse faire » qui lui laisse carte blanche pour vous régaler.
(Belgikïe © Saskia Vanderstichele)

La rue Arnoul est la voie royale pour pénétrer dans la rue Longue Vie, qui ne manque pas d’intérêt. On y croise plusieurs adresses qui valent le détour. Ainsi de Belgikïe, une enseigne fairtrade dédiée au « made in Belgium », à l’artisanat, aux créateurs de chez nous et à la filière courte. On y déniche entre autres une série de chouettes t-shirts qui rendent hommage aux Diables Rouge : « Hazard by Eden », « Kompany by Vincent »… En face de cette jolie boutique, on tombe sur une adresse inattendue qui ne surgit qu’à la faveur d’un rayon de soleil : La Terrasse d’Inzia. Coincé entre le Stam et un coin de mur, ce bar en plein air animé par la charmante Sonia propose des cocktails exotiques – notamment un excellent mélange gin, gingembre et jus de goyave – et de savoureux samosas. Un parfait trait d’union qui rappelle que le quartier Matonge est à deux pas et qu’il regorge de produits dépaysants façon mil, saka saka, manioc, huile de palme ou bananes plantain.
(La Terrasse d'Inzia © Saskia Vanderstichele)

Autant de perles que l’on peut glaner dans l’épicerie Gloire à Dieu, enseigne 100% dans son jus. Elle offre un décollage immédiat pour Kinshasa. Côté boutiques, quatre adresses retiennent tout particulièrement l’attention. La première, sans doute la plus poétique, évoque François Truffaut qui avec, son film L’Homme qui aimait les femmes, nous a rappelé combien les jambes féminines sont « des compas qui arpentent le globe terrestre en lui donnant son équilibre et son harmonie ». De fait, Simone Simone se veut une boutique entièrement dédiée aux jambes de la gente féminine. Ce, depuis les socquettes en dentelle jusqu’au pantys sexy, en passant par les différents soins utiles pour des gambettes à la douceur extrême. Nostalgique de l’élégance d’autrefois ? Look 50 est pour vous. Cette enseigne propose des vêtements vintage et une série impressionnante d’accessoires qui font la part belle aux années 50, 60 et 70. On aime tout particulièrement l’ambiance musicale soignée ainsi que le vieux juke-box orange à l’entrée. Dans un registre plus classieux, la boutique Kusje se distingue par un assortiment d’une quarantaine de marques assez variées de vêtements, avec un accent mis sur les robes. Les labels en question ? Des Petits Hauts, American Vintage, Ben Sherman, Marie Sixtine, Fine Collection… Sans oublier de nombreux bijoux de créateurs.
(Look 50 © Saskia Vanderstichele)

Dans un genre tout à fait différent, le quartier Saint-Boniface fait place à une boutique remarquable, Campion. Cette enseigne qui est celle de vrais passionnés de la photographie – cela fait 70 ans que cette passion se transmet de père en fils – est une vraie rareté à une époque où la vente online et la grande distribution règnent en maître. On y vient pour un conseil à nul autre pareil et également pour participer à la défense des commerces de quartier. Non loin de Campion se trouve Au Vieux Bruxelles, lieu qui se présente comme une enseigne incontournable de la moule dans la capitale. Ce restaurant aux allures d’estaminet 100% bruxellois fait valoir des lettres de noblesse remontant à 1882. Le cadre a une bouille plutôt sympa qui met dans de bonnes dispositions. Avec une atmosphère très bistro, l’adresse est de celles qui conviennent à tout le monde, petits et grands. On vient ici, bien sûr, pour un moules-frites correct mais aussi pour une spécialité bruxelloise façon carbonnades à la gueuze, vol-au-vent ou chicons au gratin. Tant qu’on y est, on notera que la rue du Vieux Bruxelles, la rue Saint-Boniface, est remarquable, tout comme la rue Solvay. En cause, une série impressionnante de façades Art Nouveau qui méritent le coup d’œil. Cette abondance remonte au 15 juillet 1898, quand la commune a lancé un concours de façades pour garantir une certaine cohérence architecturale au moment où le quartier était en train de se développer. Il suffit d’ouvrir les yeux pour se régaler. On y trouve pas moins de onze réalisations signées par le fameux architecte Ernest Blérot, dont le n° 12 de la rue Solvay où il a longtemps habité. Mention toute particulière pour le n°17 de la rue Saint-Boniface. On y devine deux sgraffites derrière une peinture blanche qui donnent à voir Roméo et Juliette en tenue médiévale.
(L'Athénée © Saskia Vanderstichele)

Toute cette beauté vous a donné soif ? On peut comprendre, cela fait un moment que vous déambulez dans les rues du quartier. Saint-Boniface ne manque pas de propositions, il faut juste savoir dans quel registre on veut évoluer. Le Cocq appartient à ces endroits qu’on aime pour les patrons, d’anciens maraîchers aux racines arméniennes reconvertis dans un débit de boissons. Outre une petite quinzaine de bières spéciales, on y déguste un régénérant thé à la menthe fraîche ainsi qu’un jus d’orange pressé de belle qualité. Envie d’éviter le trafic et l’agitation de la place Fernand Cocq ? On opte alors pour L’Athénée, bar plutôt sympa dont la terrasse, placée sous le haut patronage de l’église Saint-Boniface, restitue l’atmosphère d’une place de village. On aime le public mixte, entre étudiants de l’INSAS, artistes du coin et intellectuels fauchés. Trop calme pour vous ? Retour à la place Fernand Cocq où De Haus fait un carton auprès des noceurs. Ouvert par Nassim, le patron de L’Amour Fou, cette adresse berlinoise à la déco brute de décoffrage – des casiers en bois pendent du plafond – est très addictive en raison de la Taras Boulba de la Brasserie de la Senne qui coule à la pompe et du choix impressionnant de gins, rhums et whiskies. On n’oubliera pas de citer L’Ultime Atome, classique des classiques, dont le succès qui ne se dément pas gâche, à nos yeux du moins, la qualité de l’accueil. Ici, on n’a pas besoin de vous et ça se sent. Afin de ne pas terminer sur une mauvaise note, on citera finalement le Sounds Jazz Club, l’un des doyens des clubs de jazz de la capitale. Programmation exemplaire de concerts, dès 22 heures, pour ce lieu doté d’une âme qui envoie également des cocktails qui tiennent bien la route.

Carnet d’adresses
• Au Vieux Bruxelles St.-Bonifaasstr. 35 rue St-Boniface, 02-503.31.11, www.auvieuxbruxelles.com
• Belgikie Lang Levenstr. 36 rue Longue Vie, 02-512.54.12, www.belgikie.be
• Campion St.-Bonifaasstr. 13 rue St-Boniface, 02-512.13.31
• De Haus Elsensestwg. 183 chée d’Ixelles, 02-503.21.95, www.dehaus.be
• Façades art nouveau St.-Bonifaasstr./rue St-Boniface & rue Solvaystr.
• Gloire à Dieu Waverstwg. 51 chée de Wavre, 02-502.34.59
• Kusje Vredestr. 12 rue de la Paix, 02-514.71.56
• La Borgne Agasse rue Anoulstr. 30, 02-511.84.42
• La Terrasse d’Inzia Vredestr. 37 rue de la Paix, 02-513.81.67
• L’Athénée rue J. Bouillonstr. 2, 02-513.80.36
• Le Cocq pl. Fernand Cocqpl. 25, 0496-63.78.08
• Look 50 Vredestr. 10 rue de la Paix, 02-512.24.18
• L’Ultime Atome St.-Bonifaasstr. 14 rue St-Boniface, 02-513.48.84, www.ultimeatome.be
• Maison Renardy Waverstwg. 111B chée de Wavre, 02-514.30.17
• Museum - Institut royal des Sciences naturelles de Belgique Waverstwg. 227 chée de Wavre (entrée par les dinosaures de Bonom), 02-627.42.11, www.naturalsciences.be
• Parc du Viaduc Viaductstr. 133 rue du Viaduc
• Simone Simone Vredestr. 17 rue de la Paix, 0486-56.65.46, www.simone-simone.be
• Sounds Jazz Club Tulpstr. 28 rue de la Tulipe, 02-512.92.50, www.soundsjazzclub.be
• Titulus Waverstwg. 167A chée de Wavre, 02-512.98.30, www.titulus.be
• Unico Lang Levenstr. 48 rue Longue Vie, 0473-49.64.93, jesuisunico.tumblr.com

Toutes ces adresses se trouvent dans la commune d’Ixelles.

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