69 Minutes of 86 Days : Les chemins de l’exil en culotte courte

Et si l’épopée périlleuse des réfugiés vers des lendemains moins terrifiants vous était contée à travers le regard d’une enfant de trois ans  ? C’est le défi, relevé haut la main, que s’est fixé le réalisateur norvégien Egil Håskjold Larsen.

Souple et agile, la caméra d’Egil Håskjold Larsen danse parmi les gilets de sauvetage et les bateaux jaunes dégonflés qui colorent les galets monotones de l’île grecque de Kos. Caressant les tentes de fortune des réfugiés du bord de mer que le doux soleil du Sud vient de tirer de leur sommeil, les dévisageant l’un après l’autre, cherchant méthodiquement jusqu’à trouver. Trouver qui ? Lean, trois ans, fuyant la Syrie avec ses parents et ses oncles pour tenter de rejoindre la Suède. Pendant 86 longs jours, le jeune réalisateur norvégien et son équipe réduite marcheront à travers l’Europe aux côtés de cette petite fille attachante, drôle et pleine de ressources, s’efforçant de raconter ce périple familial semé d’embûches à travers son point de vue à elle. Dans le documentaire peu habituel à hauteur d’enfant 69 Minutes of 86 Days, Håskjold Larsen signe une ode à la douceur et à la simplicité où l’histoire se situe davantage au niveau des émotions que de l’action, loin de tout sensationnalisme déplacé.

Au début du film, la caméra suggère que vous êtes à la recherche de quelqu’un. Quelqu’un à suivre. Pourquoi Lean ?
EGIL HÅSKJOLD LARSEN : Tout à fait, la caméra est l’œil d’un errant. Dès le départ, nous cherchions à partager le voyage d’une petite fille de trois ans et c’est par hasard que nous sommes tombés sur Lean. Trois ans, c’est un âge très spécial où le cerveau commence à être capable de lire le monde, c’est un âge où l’on est très curieux, où l’on n’a pas peur. Nous recherchions cette forme de pureté et Lean remplissait tous les critères. Elle était tout sauf une enfant passive. Elle nous a tout de suite approchés pour nous demander ce que l’on était en train de faire. On a eu un véritable coup de cœur. On s’est donc joints à la famille qui fut très accueillante. On a voyagé avec eux de l’île de Kos jusqu’en Suède, en passant par l’Autriche.

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Quand vous rencontrez Lean pour la première fois, il vous est impossible de savoir si elle arrivera à bon port. Son parcours aurait pu être bien plus dramatique ?
HÅSKJOLD LARSEN : Tout à fait et cela tenait complètement au hasard. Je dois admettre que quand nous sommes rentrés de notre voyage et qu’on a commencé à regarder les rushs, on a compris qu’il n’y aurait pas beaucoup de drame dans ce film. Mais le montage, qui fut très long, nous a permis de prendre conscience que l’absence de tragédie rencontrait complètement le message de simplicité que l’on voulait faire passer : l'histoire d’une rencontre humaine.

Les documentaires traitant de la réalité des réfugiés inondent les festivals. étiez-vous aussi à la recherche d’un angle nouveau sous lequel aborder la thématique ?
HÅSKJOLD LARSEN : Quand on a imaginé le projet, peu de films étaient sortis mais les histoires dans la presse abondaient. La rhétorique des médias était ambiguë. D’une part, ils mettaient l’accent sur les histoires dramatiques, les conditions de vie horribles des camps de fortune, les migrants qui mourraient en chemin, et de l’autre, ils diabolisaient ces mêmes réfugiés. C’était très noir ou blanc. Pareil pour l’opinion publique. C’était interpellant de voir que certains de mes amis se montraient sceptiques sur la situation des réfugiés. On vit dans une société de plus en plus polarisée où il y a de moins en moins de place pour l’empathie et le contact humain. C’est ce qui nous a donné envie de faire un film qui réhumaniserait la situation derrière les chiffres et les discours.

Le sentiment d’empathie naturel que déclenche un enfant a-t-il aussi penché dans la balance ? Le petit Aylan avait, lui-aussi, trois ans.
HÅSKJOLD LARSEN : Une fois on m’a demandé si ça n’était pas très cynique de ma part de choisir une enfant pour ce film. Parce que c’est beaucoup plus difficile de ne pas avoir de la sympathie pour elle. Vu comme ça, il y a peut-être un certain cynisme, en effet, parce qu’il faudrait normalement pouvoir ressentir de l’empathie pour n’importe qui qui serait dans la même situation, enfant ou adulte.

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Votre film prouve que l’émotion ne passe pas nécessairement par les mots.
HÅSKJOLD LARSEN : De très belles choses peuvent être transmises sans faire usage de la parole. Dans le film, Lean vient à peine d’apprendre à parler. De mon côté, je ne parle pas l’arabe et on ne pouvait pas toujours me traduire ce qu’elle disait. En préparant le montage, on a fait le choix de ne pas tout traduire d’emblée pour se concentrer sur les émotions. Dans le film, il y a une scène très longue où Lean se lance dans une sorte de monologue. Elle avait comme une étincelle dans les yeux. Avant même de traduire la séquence, on savait que ce moment allait être le plus important du film.

En suivant cette petite famille dans son voyage périlleux à travers l’Europe, vous vous mettiez vous-même en danger, en filmant dans la voiture d’un passeur par exemple. À quel point vous sentiez-vous en sécurité ?
HÅSKJOLD LARSEN : Pour être honnête, je me sentais tout le temps en sécurité. Le plus dangereux quand on fait des films, ce sont les accidents stupides comme se faire renverser par une voiture ou tomber dans un fossé parce que vous êtes tellement concentré à filmer. Je me sentais en sécurité parce que j’avais mon passeport européen sur moi. Même si je voyageais comme eux avec un petit sac à dos, j’étais toujours en dehors de la situation. Je me souviens de moments de grande hostilité envers les réfugiés sur le trajet mais je savais que cette violence n’était pas dirigée contre moi. Leur sentiment d’insécurité était tel qu’il m’était impossible de me mettre à leur place. Ils ne savaient absolument pas quand leur voyage allait prendre fin, s’ils allaient être arrêtés par la police et jetés en prison. Ils craignaient réellement pour leur vie.



Lean, elle, ne vit pas l’angoisse de la même façon. Elle est encore jeune.
HÅSKJOLD LARSEN : C’est intéressant d’être un enfant dans ce type de situation. On sent très fort dans le film que pour elle le voyage était une sorte d’aventure. Mais ça n’empêche pas que ces quelques mois ont été extrêmement éprouvants mentalement et physiquement. Je sais qu’elle a eu beaucoup de cauchemars une fois arrivée en Suède. Même si elle a l’air heureuse dans le film, elle est en train d’être profondément marquée par ce qu’elle voit et ce qu’elle vit.

On ne peut s’empêcher de vouloir connaître la suite de l’histoire. Prévoyez-vous de filmer différents épisodes de la jeunesse de Lean en Suède ?
HÅSKJOLD LARSEN : On en a beaucoup discuté mais je ne suis pas sûr de le faire ou non. C’est quelque chose qu’on doit décider ensemble avec Lean. Je sais qu’aujourd’hui elle va bien. On peut parler ensemble en suédois et elle s’est bien adaptée à sa nouvelle vie.



Lean, elle, ne vit pas l’angoisse de la même façon. Elle est encore jeune.
HÅSKJOLD LARSEN : C’est intéressant d’être un enfant dans ce type de situation. On sent très fort dans le film que pour elle le voyage était une sorte d’aventure. Mais ça n’empêche pas que ces quelques mois ont été extrêmement éprouvants mentalement et physiquement. Je sais qu’elle a eu beaucoup de cauchemars une fois arrivée en Suède. Même si elle a l’air heureuse dans le film, elle est en train d’être profondément marquée par ce qu’elle voit et ce qu’elle vit.

On ne peut s’empêcher de vouloir connaître la suite de l’histoire. Prévoyez-vous de filmer différents épisodes de la jeunesse de Lean en Suède ?
HÅSKJOLD LARSEN : On en a beaucoup discuté mais je ne suis pas sûr de le faire ou non. C’est quelque chose qu’on doit décider ensemble avec Lean. Je sais qu’aujourd’hui elle va bien. On peut parler ensemble en suédois et elle s’est bien adaptée à sa nouvelle vie.

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Séance spéciale dans le cadre de la Journée mondiale des Réfugiés: 20/6, 20.00, Bozar
Release: 20/6, Cinéma Aventure

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