interview

Hendrickx fait krumper le festival Lezarts Danses Urbaines

© Heleen Rodiers

Depuis quelques années, le krump de Hendrickx rayonne à travers la Belgique et au-delà. Abonnée aux palmarès mondiaux, la danseuse de 25 ans est l'ambassadrice rêvée de ce dérivé intensément spirituel du hip-hop. Invitée de marque de Lezarts Danses Urbaines, elle promet d'envoûter les foules.

Qui est Hendrickx?

  • Originaire de Verviers, Hendrick Ntela est née en avril 1994.
  • En 2014, la danseuse hip-hop se forme au krump auprès des BBF 2.0 de Liège.
  • En 2016, elle intègre la fam de Grichka, précurseur parisien du krump en Europe.
  • En 2017, elle danse dans le court-métrage Les Indes Galantes de l'artiste visuel français Clément Cogitore.
  • En 2017 et 2018, elle remporte les championnats du monde de krump EBS dans la catégorie "Krump vs X".
  • En 2018, elle crée sa propre fam: Drickx Konzi.

Depuis sa naissance dans les années 2000 aux États-Unis, le krump, danse hip-hop aux racines africaines et aux fondements religieux, a conquis le monde entier y compris les sphères haut perchées de la scène contemporaine – en témoignent Rize, le documentaire iconique du photographe américain David LaChapelle sorti en 2005 ou encore le récent court-métrage du Français Clément Cogitore Les Indes Galantes, dérivé de son adaptation du ballet éponyme. Formée auprès des pionniers du krump à Liège BBF 2.0 avant de se frayer sa place dans la prestigieuse fam (équivalent de la crew en hip-hop) Grichka (du nom du krumper parisien, précurseur du mouvement en Europe, ayant fait ses armes à Los Angeles), Hendrick Ntela aka Hendrickx, double championne du monde dans la catégorie "Krump vs X" à l'European Buck Session et membre de la crew 100% féminine One Nation, possède désormais sa propre fam, Drickx Konzi, qui compte aujourd'hui pas moins d'une vingtaine de little homies. Prônant l'authenticité et l'acceptation de soi, la big homie honore les initiales du krump ("Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise") en accueillant de son énergie débordante toute la puissance spirituelle de cette danse d'une intensité rare. Au festival Lezarts Danses Urbaines, Hendrickx krumpera sur le slam de Joëlle Sambi et se produira au sein de la compagnie féminine fraîchement formée Corpeaurelles. "No one is you, that's your power".

Hendrickx, Krump
© Heleen Rodiers

Qu'est-ce qui fut déterminant dans votre virage du hip-hop au krump ?
Hendrickx :
C'est arrivé à un moment où je sentais que j'avais besoin d'une nouvelle énergie. Je me souviens avoir vu des gars de Liège krumper dans le cadre d'un hommage aux victimes des attentats et ça a été une révélation. Quand je m'entraînais en hip-hop, on me disait que j'avais trop d'énergie, mais je n'avais pas envie de la canaliser. C'était plus fort que moi. C'est là que j'ai compris que le krump était fait pour moi.

Vous comptez d'ailleurs deux titres mondiaux à votre actif. Félicitations !
Hendrickx :
J'ai fait toutes les demi-finales et j'ai remporté en 2017 et 2018 les championnats du monde EBS dans une catégorie où l'on est invité à krumper sur une contrainte comme de la musique classique. C'est une expérience exceptionnelle parce que j'adore la musique live.

Lors de la nouvelle édition du festival Lezarts Danses Urbaines, il est prévu que vous krumpiez sur le slam de Joëlle Sambi. Comment faites-vous dialoguer vos deux disciplines ?
Hendrickx :
Le live me donne beaucoup d'énergie parce que j'ai le sentiment d'approcher une certaine vérité. La force des mots de Joëlle amène une profondeur supplémentaire et m'inspire de bonnes intentions. En dansant, je vais appuyer un mot de Joëlle, et vice versa.
Quel est le message derrière votre performance ?
Hendrickx : On parle des questions que tout le monde se pose face à l'état de la planète mais auxquelles on n'a pas de solution. Ça parle aussi du jugement, que ce soit envers les immigrés, les personnes de couleur et l'homosexualité. Le futur est entre les mains des plus jeunes. Je me dis que c'est à moi de les éduquer et de leur transmettre un message à travers mes cours, sans rien dicter.

L'éducation des jeunes et la volonté de les sortir de leur condition s'inscrivent d'ailleurs dans la philosophie du krump.
Hendrickx :
Le krump a sauvé plein de gens, à commencer par ses créateurs aux États-Unis. Le krump les a fait sortir d'un cercle vicieux qui est celui des gangs et de la drogue. D'autre part, le krump les aidait à extérioriser leur colère dans un contexte de ségrégation. Ils voulaient exprimer leur rage mais sans prendre les armes. Le krump leur a évité la mort ou la prison. Dieu merci, la situation est différente en Belgique. Ici, le krump a sauvé beaucoup de gens en les aidant à se sentir à leur place. Certains jeunes de ma fam ont été rejetés et, aujourd'hui, ils s'acceptent.

C'est quoi qui fait qu'on se sent à sa place ?
Hendrickx :
On est une famille. Si tu n'as pas compris ça, ça ne sert à rien de commencer une fam. En tant que big homie, je ne suis pas juste là pour les entraînements, je suis là tous les jours pour les jeunes que je coache. S'ils ne savent pas où dormir, ils peuvent m'appeler, par exemple. Les jeunes se sentent à leur place parce qu'on se soucie d'eux et ils comprennent qu'ils ont le droit d'être eux-mêmes. En krumpant, j'ai pris conscience que je pouvais m'exprimer à l'état brut, sans essayer d'être belle, et que si j'avais envie de faire une grimace, c'était possible.

Du coup, on se surprend à se connaître ?
Hendrickx :
J'ai pu me découvrir. Le krump a eu l'effet d'une thérapie. Ça m'a aidée à pousser mes limites et à croire en moi. Avant de me mettre au krump, j'étais très timide et je n'avais aucune confiance en moi. Je vois chez les jeunes que j'entraîne que le krump les aide à s'affirmer en restant humbles. No one is you, that's your power. C'est la devise de Drickx Konzi.

Qu'est-ce qui vous a poussée à créer votre propre fam ?
Hendrickx :
Je voulais assurer ma relève, avoir un héritage. J'ai compris que si je voulais laisser une trace, il fallait que je forme le plus de personnes possible. La Drickx Fam, composée de sept filles, et la Drickx Army, un groupe mixte, forment ensemble une grande famille de vingt krumpers appelée Drickx Konzi. Je suis d'origine congolaise et bokonzi signifie "le royaume". Je voulais bâtir un royaume avec de bonnes bases et des gens humbles, présents les uns pour les autres.

Le krump détient une base très spirituelle. Comment vivez-vous cette spiritualité à titre personnel ?
Hendrickx
: Déjà, je suis chrétienne. Les créateurs du krump étaient très croyants et krumpaient dans les églises. Pour eux, c'était un moyen de remercier Dieu et d'élever des éloges vers le ciel. Pour moi, le krump peut être une prière envers Dieu, pour le remercier d'être en vie et pour ce qu'il m'apporte avec le krump. La spiritualité se manifeste dans le lâcher-prise. Lorsque l'on perd le contrôle, il se passe quelque chose qui n'est plus tout à fait réel. Un peu comme si l'on n'était plus en possession de son corps.

Est-ce qu'on peut parler d'une forme de transe ?
Hendrickx :
Ça m'est déjà arrivé d'être en transe. Le krump est très cardiaque et dans la fatigue, on pousse nos limites jusqu'à atteindre quelque chose de surnaturel. Je parle selon mes croyances, mais il est possible de se sentir traversé par un esprit ou de voir l'autre possédé par un esprit, au point de ne plus le reconnaître. L'esprit peut être apaisant ou démoniaque.

Le krump tire ses racines des danses africaines, est-ce un lien que vous développez dans votre krump?
Hendrickx :
C'est fou de penser qu'aux États-Unis, des gens qui ne connaissaient pas leur culture d'origine ont créé quelque chose d'extrêmement similaire à ce qui se fait dans certaines tribus africaines. Moi, ma culture africaine, je la connais, mais ça n'est pas le cas des Afro-Américains, qui sont des descendants d'esclaves. En krumpant sur des percussions en Afrique, je me suis sentie connectée. Je me suis dit que je vivais la culture de mes ancêtres. Je le sentais au niveau des pas, du sol, de l'énergie et des intentions. Ceci dit, les influences africaines de mon krump sont plutôt instinctives et viennent essentiellement de l'Afro House et des danses que je pratique en famille, dans les mariages, etc.

Le krump est en vogue dans les milieux de l'art contemporain, on le retrouve à l'opéra et au théâtre. Vous comptez d'ailleurs au casting du court-métrage de Clément Cogitore dérivé de son adaptation à l'Opéra Bastille des Indes Galantes. Quel regard portez-vous sur cet effet de mode ?
Hendrickx :
C'est à partir de cette production (le court-métrage de l'artiste français met en scène un groupe de danseurs krump chorégraphié par les grands noms de la discipline Bintou Dembele, Igor Caruge et Brahim Rachiki, NDLR) que tout le monde s'est mis à vouloir faire du krump. Le krump était déjà connu dans le monde urbain mais dans le monde contemporain et "bourgeois", il a fallu attendre qu'il sorte du cadre de la rue pour que l'on s'y intéresse.

Hendrickx, Krump
© Heleen Rodiers

Qu'avez-vous retiré de cette expérience à l'opéra ?
Hendrickx :
Je l'ai vue comme un accomplissement. En tant que danseurs urbains, c'est rare que les théâtres s'intéressent à nous. On se doit de faire en sorte qu'ils nous fassent confiance. Cela dit, on essaie de conserver le même état d'esprit, que l'on krumpe dans une gare ou à l'opéra.

Ne craignez-vous pas le revers du succès, que le krump finisse par être récupéré à toutes les sauces, à l'instar du hip-hop ?
Hendrickx :
Quand on travaille avec des chorégraphes contemporains, on veille à ce qu'ils respectent les codes et la culture du krump. Des pionniers comme Grichka se chargent de faire en sorte que le krump ne soit pas dénaturé. C'est aussi le travail des big homies de conserver l'essence du krump.

Le krump s'adresse à tous les danseurs, quels que soient leurs origines et leur background.
Hendrickx :
C'est logique que l'on voie beaucoup de noirs dans le milieu krump mais en Russie, où le krump a un énorme succès, on ne trouve que des blancs, par exemple. Le krump ne s'adresse pas qu'aux noirs et aux gens qui ont souffert. Ce n'est pas parce que tu es noir que tu fais du krump mais parce que tu es un être humain.

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