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Astrid Haerens : 'J’ai googlé pour la énième fois : écoanxiété'

© Stine Sampers
| Astrid Haerens.

Pendant trois semaines, un.e artiste bruxellois.e partage sa vision du monde. Astrid Haerens est autrice de prose et de poésie. En 2017, paraissait son roman Stadspanters. La sortie de son recueil de poésie Oerhert est prévue pour la fin mars chez Atlas Contact. www.astridhaerens.be

"Perce plus fort, utilise toutes tes forces !", me lance Hadi. C'est mon voisin et il est passionné par le jardin d'Elzenhof, à deux pas de chez moi. Je suis debout, une perceuse dans une main, un biscuit dans l'autre. Nous sommes en train de fabriquer vingt bacs potagers où les habitants du quartier pourront bientôt cultiver des légumes et des herbes aromatiques. Pendant une pause, je fouille de mes mains la terre de la parcelle encore nue. Je pense aux mains de ma mère : noueuses, aux veines épaisses et souvent salies par le jardin où elle aime passer son temps. Quand je vais la voir, elle me fait visiter les lieux : là, ce sont les roses trémières, ici les jacinthes et tu vois les premiers muguets pousser ? Le dévouement avec lequel elle s'occupe de ses "êtres plus qu'humains" est formidable.

L'été dernier, j'étais à Berlin. J'ai visité une exposition de l'artiste et activiste écologiste chinois Zheng Bo au Gropius Bau. Les salles étaient remplies de fragiles dessins de plantes et d'arbres, réalisés au crayon et à l'encre. L'attention avec laquelle il avait dessiné la nature qui l'entoure était impressionnante. L'artiste s'interroge : comment les plantes, surtout en ces temps de changement climatique accéléré, peuvent devenir un concept politique et nous aider à mettre de côté nos visions anthropocentrées de la liberté ? Pendant l'exposition, il invitait le public à effectuer des rituels dans le jardin du musée, afin de renforcer ensemble notre sensibilité envers notre système écologique.

Après l'exposition, j'ai traversé seule à vélo le Großer Tiergarten, le parc le plus ancien et le plus grand de la ville. La pluie était tombée à torrents ce jour-là, les arbres et les plantes d'un vert intense, le parfum humide et frais du parc emplissant mes narines. Je me suis arrêtée sur un petit pont au-dessus d'un étang et je me suis mise à pleurer. Plus tard dans la journée, j'ai googlé pour la énième fois : écoanxiété, colère face à l'urgence climatique, dette climatique, solastalgie.

Que faire des émotions que je ressens ? J'ai demandé conseil à un ami qui a fait de la sauvegarde du climat son métier. Il m'a dit : "Trouve des personnes partageant les mêmes idées grâce à de petits projets dans ton coin. Guérilla jardinière, bénévolat. Cela ne sauvera pas le monde, le problème est systémique, mais ça donne un peu d'espoir et ça soulage la douleur." Et c'est ainsi qu'un samedi après-midi, je me retrouve à retourner de mes mains avec le voisin la terre froide et sombre d'un jardin qui bourgeonne lentement. C'est ainsi que j'aide mon infatigable voisine à réaliser un nouveau projet : la végétalisation d'une partie de notre rue Malibran. La discussion a eu lieu il y a un mois autour d'un vin chaud et d'une harira lors de notre apéro de quartier semi-clandestin. Maintenant, nous rassemblons des voix et des mains secourables.

Et c'est ainsi qu'en une soirée glaçante de janvier, assise dans mon canapé, je me délecte une fois de plus de la façon magistrale dont Annie Dillard décrit la vallée de la rivière Tinker Creek. Et je relis la poésie des écopoètes. Le thème de la semaine de la Poëzieweek qui débute ce jeudi est la nature. J'ouvre un recueil de Judith Herzberg et je lis :

Liedje van verlangen ("Chant nostalgique")
Ce matin, un merle m'a réveillée / qui chantait son chant innocent avec une telle insouciance / qu'il m'a fait penser à la petite enfance / quand je n'avais pas de réponses / mais tant de choses à demander.
Ah, si seulement j'étais un merle, / je chanterais le monde avec innocence.

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