Artistes en quarantaine 11: Camille Pier

© Nora Kasa

Si l'absence de la scène et des projecteurs menace de transformer Camille Pier en vampire, l'artiste de cabaret et slammeur bruxellois continue de performer à la lueur des plateformes virtuelles. "En ce moment, la réalité est complètement désincarnée."

"Le son cisaillé et pixélisé des applaudissements est à la fois réconfortant et triste", dit Camille Pier. "Zoom te donne l'illusion d'être avec les gens mais au bout d'un certain temps, l'absence de contact physique et de vibrations sonne creux." Confiné dans son appartement saint-gillois qu'il partage avec sa colocataire, le performeur de 31 ans, étoile montante des scènes slam (sous le pseudo de Nestor) et cabaret (en tant que Josie, une drag-queen), a transité vers le virtuel de façon plutôt naturelle.

"Il y a déjà une part d'improvisation dans mon travail", dit Camille Pier dont la pratique hybride oscille entre "cabaret poétique et poésie cabarette" et se performe "depuis les scènes pailletées jusqu'aux bibliothèques."

Depuis le début du lockdown, Camille Pier s'est lancé dans de nouvelles collaborations en ligne, notamment avec des beatmakers, a alimenté la chaîne YouTube du confinement du Cabaret Mademoiselle et a déversé son slam poético-intello sur les plateformes open mic du collectif bruxellois Slameke et du Théâtre de la Vie. "Il y a des textes déjà existants mais aussi des textes que j'ai écrits spécifiquement durant cette période."

ZOMBIE EN QUARANTAINE

Dans une vidéo intitulée Vidéoconférences, l'artiste se met en scène comme un vampire de la quarantaine bruxelloise. Le visage livide, les yeux enfoncés dans deux immenses orbites noires, l'enfermement et les interminables chats virtuels ont fait de lui un zombie. Le regard vide fixant la caméra, le performeur chante son désarroi avant que son appel à l'aide ne soit saccagé par une énième vidéoconférence. "En ce moment, la réalité est déjà très virtuelle et complètement désincarnée. Je voulais pousser le virtuel encore plus loin."

'Vidéoconférences' performé par Camille Pier.

Camille Pier assume l'apparence légèrement artisanale de sa vidéo et embrasse même cette touche DIY. "Avec le confinement, les médias sont devenus moins exigeants avec la qualité des images", dit l'artiste. "Dans le cabaret, même si nous sommes des professionnels et que nous sommes censés en mettre plein la vue, il y a toujours cette légère dimension de débrouille qui fait partie de l'esthétique et même du côté politique du cabaret. Les artistes de cabaret allient l'humour et le glamour pour sublimer le côté un peu penaud du confinement. Cette matière restera intéressante au-delà de cette période de crise."

Si Camille Pier semble avoir trouvé une sérénité fragile entre les réseaux sociaux, YouTube et les plateformes open mic, le performeur n'attend qu'une chose : retrouver les saveurs du réel. "Quand on pourra à nouveau faire des choses collectives et vivre cette sensation sportivement affective avec le public, ça nous rappellera à quel point ce qu'on vit aujourd'hui ne peut pas combler ces besoins inhérents à l'artiste."

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