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L'Afropolitan Festival dicte la mode

© Heleen Rodiers

Présents au générique du festival Afropolitan, Badi, Saïda Barkani et Siré Kaba signent des silhouettes et des accessoires aux contours afrodescendants. Présentation assortie d'un shooting exclusif.

Siré Kaba

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© Heleen Rodiers
| Erratum Fashion de Siré Kaba

Siré Kaba a grandi en Guinée mais a également voyagé dans plusieurs pays limitrophes. Elle se sent une identité double. "Je me sens Bruxelloise et Africaine de l'Ouest", explique-t-elle avec enthousiasme. Sa formation ? Elle a étudié le journalisme à l'ULB et est détentrice d'un master en gestion culturelle. Siré est également cofondatrice de la plateforme culturelle New African Wave.
Elle a lancé sa propre marque, Erratum Fashion, fin 2015. Celle-ci résulte de la conjonction de deux évènements. Le premier était un voyage au Sénégal, à Dakar, qui a marqué Siré.

Elle raconte : "J'ai trouvé qu'il y avait une énergie créative incroyable sur place. Je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter des tissus sans savoir vraiment ce que j'allais en faire." L'autre fait marquant est arrivé par le biais de sa fille qui l'interrogeait sur la place des personnes noires et métissées dans la société belge. Ni une, ni deux, la jeune femme comprend qu'elle peut contribuer à renouveler le regard sur l'Afrique à travers la mode, un domaine qui touche un large public.

Pour créer ses modèles, Siré explore un large répertoire textile. Elle est aussi à l'aise avec le wax, dont elle rappelle les origines indonésiennes, qu'avec les pagnes tissés ou l'indigo, ce tissu traditionnel d'Afrique de l'Ouest. Le but ? "Revisiter les textiles africains à la faveur d'une approche contemporaine et innovante". Le tout est produit à Bruxelles en ateliers sociaux. Erratum Fashion brise les codes traditionnels de la mode, notamment en misant sur des coupes intemporelles qui font fi des saisons mais aussi sur des vêtements unisexes comme la bomber jacket. "J'essaie de travailler sur la durabilité et également sur la récupération des chutes, je ne supporte pas le gaspillage", précise l'intéressée. Preuve de cela, Siré conçoit des housses pour selles de vélo avec des morceaux de tissu destinés à être jetés.

Erratum ? Le nom est à comprendre comme une façon de corriger le passé, c'est-à-dire évacuer les stéréotypes et autres cartes postales postcoloniales collant à l'Afrique.
Les créations Erratum Fashion se trouvent sur son compte Instagram

Badi

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© Heleen Rodiers
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Badi s'est d'abord fait un nom dans la musique. Né à Bruxelles, c'est à la suite d'un retour aux sources, un voyage au Congo, qu'il sort un premier EP portant le nom de Matonge. À travers cet album, il se penche sur l'histoire de ce pays ainsi que sur son parcours personnel à cheval sur deux cultures. Plusieurs de ses compositions parlent de fringues, sujet qui lui tient à cœur.
En septembre 2019, celui qui se déclare "fou de mode" décide de lancer une collection de vêtements.

L'étincelle qui a mis le feu aux poudres ? La découverte de vieilles photos de ses parents. Sur ces clichés des années septante, Badi constate un "swag" manifeste en détaillant les coupes et les couleurs des habits portés par son père et sa mère. Cette créativité débridée le titille. Du coup, il se met en tête de créer une première "capsule" qui explore le métissage des matières à la faveur de Memory-Shirt, soit des t-shirts faisant place à des images d'époque qui rappellent le passé du Congo mais "sans jouer au professeur d'histoire pour autant". Autodidacte complet, il se fait aider par des costumières qu'il a rencontrées par le biais de la scène musicale.

"Capsule" ? Il préfère le mot à "collection" dont le sens est trop lié à la saisonnalité. "Les vêtements que j'imagine ne sont pas conditionnés par la notion de frontière, on peut les porter ici ou sur le continent africain, du coup, le mot saison ne veut plus rien dire", confie-t-il. En ce moment, Badi travaille sur une deuxième capsule qui sera disponible en septembre 2020. L'intéressé la promet "plus travaillée quant aux découpes".

Le nom de BANXV fait allusion au fameux Article XV, un article de loi imaginaire qui invite les Congolais à faire preuve de débrouille face à un État défaillant. Pour découvrir les créations de Badi, deux possibilités : se rendre sur son compte Instagram ou les découvrir en vrai, une fois par mois, au Café Congo au Studio City Gate (Anderlecht).

Saïda Barkani

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© Heleen Rodiers

Saïda Barkani possède la double nationalité belgo-marocaine. Son parcours est celui de quelqu'un qui décide de faire quelque chose de sa vie… à la seule force des poignets. Un défi pas évident lorsque la tradition et le respect des aînés la poussent dans les bras d'un mari violent dès ses 18 ans. À cœur vaillant et positif, rien d'impossible.

L'aventure de son label débute en juin 2018 dans la région d'Essaouira. À l'époque, elle cherche à se réinventer car le métier d'esthéticienne, dans lequel elle excelle, ne lui convient plus. Une rencontre inopinée avec des artisans lui ouvre la porte vers des nouvelles possibilités. Elle est particulièrement inspirée par les kilims, ces créations textiles traditionnelles. De retour à l'hôtel, elle se surprend à plaisanter : "je vais faire des sacs".

De retour à Bruxelles, l'idée s'avère être tout sauf une plaisanterie. Alors qu'elle n'a jamais fait ça, Saïda dessine des prototypes. L'esprit de ses créations ? Il fait le lien entre la Belgique et le Maroc en intégrant les motifs artisanaux dans une ligne de sacs à l'esprit contemporain. Avançant à tâtons, la créatrice relaie son aventure sur Facebook. L'engouement que suscite son projet la surprend. Mieux, cet enthousiasme lui donne la force de le développer. Résultat des courses ? Saïda fait vivre aujourd'hui quatre familles d'artisans.

Pourquoi "Babouche" ? L'intéressée explique : "en Arabe, la racine « bab" désigne la porte, je conçois mes créations comme ouvrant la porte sur des vies d'artisans, sur des aventures humaines. »
Ouvrages féminins par excellence, les kilims fascinent cette entrepreneuse déterminée. Elle raconte : "Ce sont des créations qui racontent les peines des femmes qui les créent, les motifs géométriques peuvent être littéralement lus. C'est quelque chose que je prends soin d'expliquer à qui souhaite acheter mes sacs", commente-t-elle. Pas besoin de s'étendre pour comprendre que ce processus d'extériorisation de la souffrance fait ici écho à une histoire personnelle. On peut retrouver les créations de Saïda Barkani sur son site Babouche Fashion.

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