interview

GoGo Penguin: vers de nouveaux horizons

© Emily Dennison
| De gauche à droite: le contrebassiste Nick Blacka, le pianiste Chris Illingworth et le batteur Rob Turner

« C’est quand même incroyable que Blue Note ait recruté trois petits gars du nord de l’Angleterre ? ». GoGo Penguin sort son second album sous le label jazz légendaire et son pianiste Chris Illingworth n’en revient toujours pas. Son enthousiasme semble partagé. 

Lundi 11 février 2018. Le renouveau de la musique minimaliste sort d’un week-end incroyable, dans le bon et dans le mauvais sens du terme. Nils Frahm, véritable phénomène parmi les minimalistes, est venu présenter à Bruxelles son excellent nouvel album All Melody. Au même moment, le genre perdait inopinément une figure de proue: le compositeur Jóhann Jóhannsson. Un coup de cœur et un coup de blues qui nous hantent l’esprit à l’écoute de A Humdrum Star.

Le nouvel album de GoGo Penguin, sorti ce fameux week-end également, vous entraîne, avec une remarquable touche minimaliste, dans un tourbillon de rythmes à la fois acoustiques et électroniques, et tente – c’est tout à son honneur – de mettre en perspective notre existence ici-bas. Chris Illingworth, le pianiste jovial aux talents multiples du trio de Manchester est subtilement venu occuper, en compagnie du contrebassiste Nick Blacka et du batteur Rob Turner, le flanc jazz entre la musique minimaliste et l’électro, et confirme que Jóhannsson et Frahm ont ouvert la voie à GoGo Penguin.

« Si notre background et nos goûts différent, les idées sont les mêmes, » dit-il. « Comme Frahm, GoGo Penguin mêle différents styles. On fait appel à l’électro sans négliger nos instruments acoustiques. »

Est-il vrai qu’enfant, vous rêviez de devenir un pianiste classique ?
Chris Illingworth : Oui, j’ai commencé le piano à huit ans et j’ai tout de suite vu les choses en grand (rires). Mais à onze ans j’ai commencé à jouer dans toutes sortes de petits groupes et je prenais beaucoup plus de plaisir à jouer avec d’autres amis et musiciens que pendant mes solos de piano. Au début, on jouait des covers de Nirvana, des Smashing Pumpkins et de Green Day, mais plus tard, j’ai atterri dans le jazz.

Je ne veux pas dire par là que GoGo Penguin est un groupe de jazz. Nos sources d’inspiration sont trop diverses pour ça. Mais le jazz me permettait de jouer et du piano et dans un groupe. Au moment de notre rencontre, les autres membres du groupe étaient encore plus ancrés dans le circuit jazz traditionnel, mais cela ne leur suffisait pas non plus.

Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est ni le classique ni le jazz qui vous unit. Plutôt un intérêt commun pour l’électro aventureuse.
Illingworth : Aphex Twin est le premier artiste dont nous avons découvert que nous sommes tous les trois fans. Squarepusher a suivi. Nick et moi adorions les Beastie Boys et le gangsta-rap. Tous ces chevauchements étaient importants pour que chacun se sente à son aise, mais en même temps, il y avait assez de différences pour maintenir l’excitation.

En ce moment par exemple, j’écoute beaucoup (le groupe métal progressif français, ndlr) Gojira, le genre de trucs que les autres membres du groupe dédaignent. Mais toutes ces influences s’infiltrent d’une façon ou d’une autre dans notre palette.

Lors de votre dernier passage à Bruxelles, vous avez accompagné en live le film Koyaanisqatsi de votre propre musique. Cette expérience se ressent-elle sur le nouvel album ?
Illingworth : Pas vraiment. Koyaanisqatsi était un projet intermédiaire où la musique devait surtout correspondre aux images. Notre bande-son devait donner l’impression d’être dans un film. Pas une sinécure, surtout quand la musique originale (de Philip Glass, ndlr) est si connue. Pour A Humdrum Star nous étions plus libres dans le choix de nos idées. En plus, on a enregistré le disque dans un endroit inspirant: les studios historiques Old Granada à Manchester.

Joy Division y a donné un de ses premiers concerts. Après avoir été si longtemps en tournée, c’était un soulagement de ne pas être trop loin pour créer un album. On pouvait commencer tôt le matin, bosser aussi longtemps qu’on le voulait et quand même dormir dans notre lit. Ma femme, qui a dû attendre la fin de la tournée pour sa lune de miel, était contente aussi. (rires) ».

Entre-temps, c’est votre second album sous le label Blue Note. Ça fait plaisir ?
Illingworth : À fond. C’est quand même incroyable que Blue Note ait recruté trois petits gars du nord de l’Angleterre ? Ils nous ont vus jouer au Über Jazz à Hambourg et étaient si enthousiastes qu’ils nous ont proposé un contrat dans la semaine. Après quoi, ils nous disaient encore que nous devions faire ce que nous avions envie de faire: « C’est le moment d’explorer et d’expérimenter », c’est clair. « Profitez-en ».

Le titre du nouvel album fait référence à une citation du célèbre astrophysicien Carl Sagan. Pourquoi ?
Illingworth : Il a un jour appelé le soleil « une des milliards de humdrum stars » dans l’univers. Je me souviens qu’enfant, je fus assez bouleversé par le « point bleu pâle », la photo légendaire de la Terre prise à partir de la sonde spatiale Voyager. L’idée que notre soleil, un immense foyer nucléaire qui brûle de toutes ses forces et crée simultanément la vie sur Terre, et qui, vu sous une autre perspective, peut apparaître minuscule, s’applique d’une certaine façon à notre musique. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où toutes les perspectives sont possibles.

Par exemple, on part bientôt en tournée au Japon. Ça va mettre des heures pour arriver là-bas mais quand vous observez ce petit point bleu, la distance devient tout à fait insignifiante, tout comme la dispute avec votre femme à cause de la vaisselle. Vous voyez ce que je veux dire ? Et tout est quand même lié, l’un ne va pas sans l’autre. Nous voulons transmettre cette idée subtilement dans le disque. Je ne suis pas croyant, mais je suis un mordu de philosophie, de spiritualité, de science et de littérature.

Y a-t-il aussi une activité qui vous vide l’esprit ?
Illingworth : Les jeux vidéo. À ce niveau-là, je suis un grand enfant. En ce moment, je suis fasciné par What Remains of Edith Finch. Ce jeu est aussi bon que les meilleurs livres et films que j’ai lus ou vus. Un bon ami a écrit la bande-son de Tokyo 42.

Je trouvais ça très intéressant de voir les univers du programmeur et du musicien se fondre l’un dans l’autre dans un tout interactif. C’est le genre de choses que je tenterais bien dans le futur.

> GoGo Penguin. 10/3, 20u. Ancienne Belgique.

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