Bas les masques: Rosine Mbakam se dévoile sur la crise du coronavirus

© Saskia Vanderstichele

Chaque semaine, BRUZZ sonde un(e) artiste bruxellois(e) sur les nouvelles vérités qui se sont formées derrière son masque buccal. Pour Rosine Mbakam, dont l’excellent docu Chez Jolie Coiffure fut primé dans plusieurs festivals, la crise aura surtout révélé les discriminations qui gangrènent la société.

Qui est Rosine Mbakam?

• Rosine Mbakam naît au Cameroun en 1980
• se forme en 2000 à la réalisation, au montage et à la production au sein de l'ONG CEO. Intègre en 2003 la STV (Spectrum Télévision) avec laquelle elle réalise plusieurs programmes audiovisuels
• quitte en 2007 le Cameroun pour faire des études de cinéma à l'INSAS (Bruxelles)
• réalise en 2016 le documentaire Les Deux visages d'une femme Bamiléké puis, en 2018, Chez Jolie Coiffure
• termine actuellement son troisième long-métrage documentaire Les prières de Delphine Comment avez-vous vécu le confinement ?

Comment avez-vous vécu le confinement ?
J’avais un tournage prévu dans le cadre d’un contrat avec le centre d’art Wexner aux USA (Rosine Mbakam fait partie avec Apichatpong Weerasethakul ou encore Charles Burnett des vingt réalisateurs sélectionnés à travers le monde pour prendre part au prestigieux projet Cinetracts 20’, NDLR). Je devais aller filmer les restes de la colonisation au Cameroun et à cause du covid j’ai dû annuler mon voyage. Mon court-métrage devait être prêt pour le mois de juin, j’ai dû trouver un nouveau sujet pendant le confinement.

D’où vous est venue l’inspiration ?
Un jour, je décide d’appeler une amie infirmière à Brugmann pour prendre de ses nouvelles. Elle est en colère, me dit qu’elle ne peut pas me parler et m’envoie une vidéo réalisée par l’hôpital Brugmann pour demander à la population de rester chez elle. Sur la vidéo, on ne voit aucun noir. Je comprends pourquoi elle a mal parce que 15% du corps médical belge est composé d’Africains subsahariens. J’ai donc commencé à être vigilante en regardant tous les reportages réalisés dans les hôpitaux sur le covid. Les gens de couleur n’étaient jamais interpellés ni interviewés. Les Africains sont à nouveau la « majorité invisible ». D'où le titre de mon court-métrage.

Quelle forme a pris ce court-métrage ?
J’ai commencé à recueillir des photos et des témoignages de mon amie et de ses collègues travaillant comme infimièr(e) ou médecin via Skype. Une fois de plus l’histoire se répète. Le covid, qui nous était présenté comme une nouvelle Guerre mondiale, m’a rappelé les tirailleurs sénégalais. Ils ont combattu pour la France pendant les deux Guerres mais ont été effacés de l’Histoire. Aujourd’hui, nous avons une majorité d’Africains dans le corps médical belge qui rencontre déjà dans la pratique quotidienne de leur métier beaucoup de discriminations. Lorsque l’occasion se présente de valoriser la contribution de cette communauté dans ce contexte terrible, on fait le choix encore une fois de ne pas le faire. En tant que femme noire et cinéaste, je rencontre ce même effacement.

Comment envisagez-vous le monde d’après-covid ?
Certains parlent d’un nouveau monde. Pour moi, il n’y aura pas de nouveau monde tant qu’on ne s’attaquera pas aux véritables virus de notre société qui sont la précarité sociale ou intellectuelle et le racisme. On trouvera un vaccin contre le covid, on finira peut-être même par l’oublier. Mais quand je pense au nombre d’Africains qui se battent en première ligne pour affronter le virus et dont certains y ont laissé leur vie dans l’anonymat le plus complet, je suis révoltée. Le décès du jeune Adil, à la suite d’une intervention policière dans un quartier populaire de Bruxelles, a également révélé ces inégalités de traitement lors du confinement. Si on veut vraiment un nouveau monde, il faut s’attaquer frontalement à ces injustices-là.

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