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Joker : pas de quoi rire

Onze score

Un clown qui ne fait rire personne s’enfonce dans la folie et le radicalisme. Joker, Lion d’or à Venise, est plus proche de certains films de Scorsese que de la franchise Batman.

Certains parlent de Joker comme d’un chef-d’œuvre, d’autres crient au crime parce que le film justifierait le passage à l’acte d’hommes blancs frustrés. Ce film de super-méchant est certes polémique, mais aucun des deux arguments ne l’emporte. Joaquin Phoenix est allé jusqu’à l’extrême, tant physiquement que mentalement, pour rendre l’ennemi juré de Batman aussi mémorable que Jack Nicholson et Heath Ledger. Sa performance est à glacer le sang mais reste difficile à comparer à celle de ses prédécesseurs, car ils incarnaient le terrible farceur amateur de chaos alors que Phoenix s’attache au pauvre type torturé et instable qui le précède. Arthur Fleck est un clown qui ne fait rire personne et qui rêve en vain d’une carrière de comique ou d’un passage dans le talk-show de Murray Franklin, la meilleure performance de Robert De Niro depuis longtemps. Pour ne pas perdre à nouveau les pédales, Fleck doit gober beaucoup de pilules. Sa mère malade ne cesse d’implorer l’aide de l’arrogant politicien milliardaire Thomas Wayne. Alors que, déguisé en clown, il tue trois riches ordures dans le métro, Fleck devient le symbole d’un soulèvement des pauvres contre les riches. Il n’a que faire de la rébellion.

De Batman, il n’est pas question. Le réalisateur Todd Phillips, le cerveau derrière la franchise Very Bad Trip, ne cherche pas du tout à faire le lien avec les productions de super-héros de Warner et DC Comics. Il préfère suivre deux classiques de Scorsese : Taxi Driver et The King of Comedy. Sa ville de Gotham est une copie du New York sombre du tournant des années quatre-vingt. Grâce à Phoenix, Joker s’avère le portrait captivant d’un solitaire abandonné par la société qui s’approche toujours plus de l’abîme et qui finit par tomber dedans. Mais la mythologie Batman était-elle nécessaire pour raconter cette histoire ? Pour le côté dérivé de Taxi Driver avec Joaquin Phoenix dans le rôle principal, Joker n’a rien à envier à You Were Never Really Here de Lynne Ramsay. Bon film mais pas un chef-d’œuvre.

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