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Frenetik à l’AB: De Bruxelles la fierté

© Rami Hara
Onze score

Pour Damso, il s’agit de la relève du rap bruxellois. Venu confirmer la déclaration du patron sur la scène de l’AB, Frenetik a livré un solide concert. Entre promesses et certitudes, Rose Noire et fumée blanche.

Mardi soir. Sur le coup de 21 heures , l’AB Club plonge dans l’obscurité. Épaulé par une DJ et un garde du corps, Frenetik rencontre enfin son public. Surgi d’Evere en pleine crise sanitaire, le rappeur a démontré d’immenses qualités, sans pouvoir passer à l’action. Privé de concert pendant près de deux ans, il joue – enfin – sa première date en salle, chez lui, à Bruxelles. Dans un monde déconfiné, certes, mais sérieusement détraqué, le garçon va imposer son tempo et remettre les pendules à l’heure.

Durag sur la tête, micro à la main, Frenetik s’élance pourtant sur la pointe des pieds. Un peu tétanisé par l’enjeu, le nouveau poids lourd du rap retient d’abord ses coups. Malgré les victoires remportées sur le ring grâce à un E.P inaugural (Brouillon), une série de freestyles et deux mixtapes (Jeu de couleurs et le récent Rose Noire), le rookie semble encore chercher ses appuis ou, du moins, des points de repère.

BOILER ROOM
Alors que le match paraît s’enliser, une partie du public saute sur scène comme une colonie de ninjas. Dans l’assistance, le mouvement interpelle. Rébellion ? Prise de position ? Dans les faits, le déplacement des troupes est prémédité. Entouré des siens, de ses potes venus d’Evere et d’ailleurs, le rappeur s’aménage alors une zone de confort XXL. À partir de là, l’AB Club se métamorphose en une sorte de Boiler Room. Autant de gens devant que derrière lui, Frenetik passe à l’attaque et matraque en flux tendu. Les mots tapent juste, les punchlines frappent fort.

Frenetik
© Rami Hara

Tel un prédicateur au flow évocateur, Frenetik porte la bonne parole et transforme les applaudissements en pogos. Entre hommage à Mehdi Bouda, un ado de 17 ans mortellement renversé par une voiture de police en août 2019, quête de justice sociale et regard intransigeant sur les errances du système capitaliste, Frenetik met Bruxelles au centre de récits engagés et percutants à souhait.

Agressif, volontaire, le nouvel homme fort du rap bruxellois se démarque à la faveur d’un discours conscient. Il plante sa Rose Noire, sort un autoportrait de sa 'Sacoche' et sème volontiers le 'Désordre'. Esthétiquement, son répertoire navigue à la croisée d’un rap engagé et d’une trap bodybuildée à souhait. C’est puissant, efficace et aussi (d)étonnant qu’un une-deux entre Damso et Youssoupha en ligue des champions. Dans la fosse (aux lions), c’est un plébiscite : longues feuilles et fumée blanche. Frenetik a convaincu son public. Prochaine étape ? Un concert du côté de Paris. Pour asseoir les certitudes et tenir toutes ses promesses.


Frenetik vu le 4 octobre à l’AB

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