interview

In Movement fait danser la capitale: 'Ici, on finit tous par se rencontrer'

© Saskia Vanderstichele
| De gauche à droite: Karine Ponties, Florencia Demestri et Samuel Lefeuvre.

À travers les corps des danseurs et le regard des chorégraphes, le festival In Movement, dédié aux créations bruxelloises, ausculte et interroge les tensions et questions qui traversent la société contemporaine. On en parle avec Karine Pontiès, Samuel Lefeuvre et Florencia Demestri.

Le festival In Movement rassemble aux Brigittines les créations de chorégraphes travaillant aujourd'hui à Bruxelles. On y verra neuf spectacles, dont quatre créations d'artistes de différentes origines et générations, reflets de la richesse de la danse bruxelloise, laboratoire du corps et miroir de questions sociétales. Pour préfacer cette édition, nous avons réuni Karine Pontiès avec Samuel Lefeuvre et Florencia Demestri, des artistes issus de deux générations différentes qui, au final, cultivent leurs singularités plus que leurs différences.

Karine Pontiès qui a signé son premier solo Planta Baja, en 1996, revendique la diversité d'approche et la multiplicité des collaborations. En 25 ans de plateau, elle a fait de la danse, du théâtre visuel, théâtre physique ou d'objets, des marionnettes ou des films. Sa dernière création, Lichens, est un spectacle puzzle pour huit danseurs inspiré du film d'animation russe Le Conte des contes.

Depuis 2012, Samuel Lefeuvre et Florencia Demestri ont présenté en solo ou ensemble des spectacles hybrides, cultivant l'étrangeté dans une physicalité intense et décalée. Dans Glitch, ils s'intéressent à l'irruption du digital dans notre quotidien, traduisant dans leurs corps virtuoses ses disruptions visuelles et sonores.

Avez-vous le sentiment d'appartenir à des générations de chorégraphes différentes ou est-ce surtout la vision artistique personnelle qui influence votre approche de la danse  ?
Karine Pontiès : C'est un mélange des deux. On est là où on en est par ce qu'on a traversé et les rencontres qu'on a faites.
Samuel Lefeuvre : C'est compliqué de séparer les générations. Il y a des chorégraphes qui sont nés les mêmes années que nous avec des travaux qui vont être plus proches des nôtres alors que d'autres seront plus proches de Karine.
Florencia Demestri : Je peux aussi retourner la question en me demandant comment je pourrais m'inscrire dans l'histoire de la danse. Dans un parcours, on commence par étudier. Souvent, on est d'abord interprète et après on arrive à créer ses propres spectacles. C'est un chemin où tu fais ton tri entre ce qui t'a été donné et les choses qui t'inspirent. Le challenge, c'est de digérer tout ça pour ne pas seulement répéter des habitudes, mais pour pouvoir se réinventer et ne pas s'inscrire dans l'histoire de la danse au sens large, d'une façon figée, mais comme quelque chose qui évolue constamment.
Lefeuvre : Ce qui est intéressant, c'est que ni toi ni nous n'avons une étiquette collée où on verrait que Karine a fait Mudra (école de danse ouverte à Bruxelles entre 1970 et 1988 par Maurice Béjart, NDLR) ou que nous avons travaillé avec Alain Platel. On peut toujours creuser pour chercher certaines influences, mais heureusement, c'est digéré chez tout le monde.
Pontiès : Au départ, je n'avais pas la volonté de devenir chorégraphe, j'étais interprète. Je pense que vous aussi, vous êtes d'abord des bêtes de plateau, des interprètes. La création, ça vient d'une nécessité d'abord, mais aussi de hasards de la vie et de quelqu'un qui nous pousse en disant : "Tu as un vrai regard. Il faut que tu fasses ton propre travail."

1697 Samuel Lefeuvre (midden) Florencia Demestri (rechts) en Karine Ponties (links)
© Saskia Vanderstichele

En tant que chorégraphes, regardez-vous comment les gens bougent, vous nourrissez - vous de ça ?
Pontiès : Complètement. Que ce soit dans la rue, dans les films ou dans la littérature ancienne et contemporaine.
Demestri : On était un jour dans le métro et on a vu une femme qui avait l'oreillette, le téléphone, des faux ongles disproportionnés, qui essayait de toucher son téléphone. Ses ongles étaient tellement longs qu'elle avait une autre manière de toucher. Son corps était complètement adapté, déformé traité par rapport aux prothèses. C'était une toute autre gestuelle qui découle des nouvelles interfaces et des objets qu'on utilise.
Lefeuvre : Ça lui donnait presque un truc hyper animal. Ses doigts étaient comme des griffes.
Pontiès : On est souvent comme des entomologistes à regarder des détails, les états de corps des gens, les démarches. C'est une déformation, mais elle correspond à quelque chose qu'on a en
nous.

En quoi Bruxelles génère un environnement particulier pour la danse ?
Pontiès : C'est un lieu de rencontres qui attire des danseurs venus d'un peu partout. C'est une plaque tournante. On le voit avec nous. Flore vient d'Argentine, Samuel de France. Moi je suis française aussi et j'ai été éduquée à Barcelone.
Demestri : Je trouve que les Belges sont par nature accueillants et ça se traduit dans le milieu de la danse. Dans les autres pays, c'est plus difficile. Je ne sais pas si c'est en raison de la taille des villes ou du tempérament des gens, mais c'est plus difficile d'y créer des liens alors qu'ici, on finit tous par se rencontrer. Il y a quelque chose de très accessible, c'est comme un terreau très riche.
Lefeuvre : À la base, Bruxelles est très attrayante par le nombre de chorégraphes hyper reconnus. À Bruxelles, et en Belgique, il y a des gens qui sont très importants pour l'histoire de la danse, mais personne ne l'étale. Tout le monde s'en fiche un peu. Alors qu'en France par exemple, les gens sont plus préoccupés par l'importance de leur parcours par rapport à l'histoire de la danse. Ici, j'ai l'impression que c'est beaucoup plus bon enfant, relax et accessible.

Pouvez-vous définir chacun l'univers de l'autre ?
Demestri : Je trouve que chez Karine, il y a une place à l'humanité, à la personnalité, à la fragilité et à l'absurde de chacun. Elle compose avec des ingrédients très différents. Pour chaque spectacle, elle crée une pâte qui, à chaque fois, tient compte des personnes avec leur folie, leur délire, leur absurde et leur fragilité. C'est quelque chose de très humain que j'ai vécu aussi de l'intérieur puisque j'ai aussi été interprète pour elle.
Pontiès : J'aime beaucoup le travail qu'ils font parce que je m'y retrouve quelque part. Il y a un décalage, il y a une étrangeté, qui est un peu plus pétée que la mienne, et peut-être plus contemporaine. Tout ça avec des corps assez virtuoses, un vrai langage et un vrai travail, choses que je trouve de plus en plus rares. On a en commun de travailler un petit peu en dehors des codes, même si on en crée d'autres. Il y a une vraie organicité, une vraie exigence et il y a un décalage. Cela étant, on a des âges différents et des bagages différents. Notre décalage et notre étrangeté se placent à d'autres endroits. Mais en tout cas, il y a des points communs.

IN MOVEMENT
5 > 21/3, Les Brigittines, www.brigittines.be

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